DE LA TOLE A LA COQUE   

 

L’animation des chantiers, au temps de leur intense activité, ressemblait à celle d’une ruche.

Certains diront : « le bord c’est l’enfer » ("Le bord" c'est le travail à "bord" du navire en construction, par opposition à celui en atelier, où pourtant on ne se tournait déjà pas les pouces..). Les métiers de la métallurgie vont vite coexister avec les métiers traditionnels du bois puis, les supplanter. Dans un premier temps, la coque de bois des bateaux va être doublée de cuivre puis, arrive la coque en fer ..

            LES TOLES            

 

Arrivées brutes par le petit train faisant le tour du Port Vieux, les tôles remisées dans le "parc à tôles", étaient ensuite prises en charge dans "l’atelier fer" et passaient tout d’abord entre les mains des Traceurs de coque qui y reportaient la forme des diverses pièces à confectionner.

 

Le parc à tôles    Hall de traçage

 

Entièrement modelées par des Forgerons autrefois, elles seront plus tard découpées au chalumeau oxhydrique par les Oxycoupeurs (eux-mêmes remplacés ensuite par d’énormes machines à découper).

 

Oxycoupeur   oxycoupage

Presses

 

Interviennent alors les Formeurs et les Cintreurs qui, à coup de masse au début, puis à l’aide de presses par la suite, vont façonner les courbures et les volumes des diverses pièces. Mais il faut ensuite assembler tout cela et surtout que ça soit bien étanche.. Deux techniques vont donc se succéder: le rivet et la soudure, toutes deux accompagnées de leurs métiers spécifiques..

 

 

LE RIVET

 

Une "forêt" de rivets!

 

Forgés dans les ateliers, les rivets de toute dimensions étaient constitués d'un corps cylindrique et d'une tête hémisphérique. Sagement alignés dans des pelles de chauffage, ils attendaient que le Chauffeur de rivet (généralement un enfant de 12 à 15 ans au début des chantiers ) vienne les récupérer pour les porter "au rouge" dans une forge portative, ce qui permettra leur écrasement.

 

Rivetage 1    Rivets    Rivetage 2

Entre-temps, les pièces à assembler étaient accolées par le Monteur; le Pointeur avait marqué, puis le Perceur (ou Fraiseur) et l’Aléseur avaient ménagé le trou qui allait recevoir le rivet.

 

Aussitôt sorti de la forge, les Chauffeurs de rivet se passaient rapidement des uns aux autres le rivet incandescent à l’aide d’une sorte de pince: « la bécassine », jusqu’au Teneur de tas. Ce dernier introduisait le rivet dans le trou préparé et le maintenait au moyen du "tas": simple tige de fer et, plus tard, appareil pneumatique élaboré (c'est souvent un garçon jeune et robuste qui tenait cette place). Intervient enfin le roi du processus : le Riveur. Celui-ci frappait au marteau (d’où la dénomination initiale de Frappeur) ou avec une « bouterolle » (qui écrasait et bombait la tête des rivets) l'extrémité libre de façon à façonner une seconde tête hémisphérique. En refroidissant, le corps du rivet se rétractait et serrait fortement les pièces pour assurer une parfaite étanchéité.

 

Riveurs et forges portatives    Braseros et rivets

 

La cadence était infernale, la chaleur intense, la cale résonnait des cris des Riveurs houspillant les chauffeurs pour être réapprovisionnés en vitesse. Un riveur pouvait ainsi poser jusqu’à 400 à 430 rivets par jour (50 pour les plus gros rivets qui pouvaient atteindre 50 mm de diamètre et 15 cm de long!).

L'écrasement des rivets par marteau pneumatique (dit "le pétard") permit, par la suite, un travail plus rapide et plus satisfaisant que celui obtenu par percussion manuelle. De plus, ces marteaux pneumatiques étaient polyvalents suivant l'outil dont on les munissait: burin, bouterolle, etc... Le rivetage pneumatique demandait moins d'efforts physiques et assurait des gains énormes de productivité. Mais les coudes et l’audition des ouvriers en pâtissaient fortement..

 

Rivetage pneumatique        Marteau pneumatique dit 'Pétard"

 

On tentera de mécaniser puis d’automatiser le rivetage par des machines à river mises au point à la fin du XIXème siècle.. Mécaniques, puis à vapeur ou hydrauliques, avant de devenir "mixtes", ces machines étaient lourdes, chères et très encombrantes. De fait, elles serviront pour les longues pièces facilement accessibles. Mais la soudure viendra vite révolutionner les assemblages, car le rivetage à chaud avait ses défauts: les milliers de perçages sur une pièce produisaient une suppression de métal et un affaiblissement de structure, de plus, l'apport de millions de rivets alourdissait l’ensemble (11millions de rivets furent employés sur le NORMANDIE !)..

 

Machine à river

 

 

LA SOUDURE

 

Au début du XXème siècle, la soudure fut donc très vite la rivale du rivetage à chaud, mais si on l'utilisait déjà pour des barres métalliques directement sur le feu de forge, on était incapable de souder des tôles à cause de l'inhomogénéité du métal (fer, acier) et des déformations apparaissaient. Ce ne fut que lorsque la soudure électrique fut vraiment au point que l'assemblage par soudure put totalement supplanter le rivetage (car la soudure au chalumeau oxyacétylénique générait, elle aussi, par surchauffe des déformations et des contraintes). Les jeunes riveurs se recyclèrent donc en soudeurs, les plus anciens en chanfreineurs.

 

Soudure électrique

 

Ainsi, outre le Monteur, toujours nécessaire, la soudure mobilisait le Chanfreineur qui abrasait l'arête vive des bord de la soudure, puis le Soudeur lui-même et enfin l’Ebarbeur qui éliminait les excès et lissait le bourrelet de soudure.

 

Chanfrein avant soudure

 

Le premier navire à bénéficier de la soudure à La Ciotat fut le « Mitidja » en 1947..

La soudure gagna vite tous les éléments de la coque mais le rivetage persista cependant encore longtemps pour les superstructures (1960) et ne disparut que récemment, à l’aire des supertankers montés par éléments "préassemblés": les tronçons, soudés par des machines automatiques: .

Le soudeur bénéficiait, du fait de la toxicité des vapeurs qu’il respirait, de deux "avantages" sur les autres ouvriers "métallos": un pause "d’aération" pour un peu soulager ses poumons et d’un litre de lait (sic) par jour comme antidote supposé !!

Soudure électrique

 

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