LES
BATEAUX DE PÊCHE TRADITIONNELS 

Le cabotage, le long des comptoirs qui s’égrainaient tout autour de la "Mare Nostrum", nécessitait l'emploi de gros bateaux de charge transportant : amphores, huile d’olive, grain et, plus tard, épices, coton, soieries, tonneaux et matériaux... Leur difficile construction était l’apanage de charpentiers et de chantiers d’importance. C’est ainsi que survécurent un temps (jusqu’à la première guerre mondiale) les descendants de ces bateaux : les grosses "Tartanes" qui à La Ciotat transportaient les matériaux sur les quais du Port Vieux ou faisaient en couple (les bateaux "bœufs") la pèche au chalut (le "guangui") et les "Mourres de Pouar" (Groin de Porc): gros bateaux qui resteront longtemps entre Marseille et le Grau du Roi.
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Mais on avait surtout besoin, pour les nécessités de la pêche locale, d’embarcations plus légères, moins chères et bien plus maniables.
Si l’on remonte dans l’histoire, on retrouve la trace de deux ancêtres de ce type de petites embarcations de pêche: les "Eyssaugues" qui tirent leur nom d'une sorte de filet, on en retrouve la trace dans un règlement du 21 août 1539 (écrit en catalan) fait par les prud'hommes de Marseille et les "Barbets" dont on ne connaît pas grand-chose..
Viendront ensuite les "Felouques", bateaux assez fins favorisant plutôt la nage à l'aviron que la marche à la voile. On trouve des felouques corses, napolitaines, siciliennes, algériennes, espagnoles, égyptiennes, et..marseillaises mais, sur nos côtes balayées par le Mistral, la préférence des pêcheurs ira plutôt à une barque plus "gaillarde".
Cette barque sera en fait le fruit, au XXVIIIe siècle, d’un savant mélange de l’imagination de concepteurs locaux et d’émigrants venus de tout le pourtour méditerranéen: Catalans, Italiens surtout (pêcheurs de Campanie, de Naples, etc.), qui importèrent leurs techniques et leur savoir faire sur nos rivages.
C’est ainsi que, vers 1850, apparut la "Barquette Marseillaise" : petite embarcation qui se jouait de (presque) tous les temps et pouvait être maniée seul, à la voile comme aux avirons.. Elle a bien sur hérité de la principale caractéristique de toutes les embarcations traditionnelles des côtes méditerranéennes : La Voile Latine.. Autre caractéristique, aujourd’hui encore pérenne : "Le Capian" cette pièce d’étrave à 2 joues, aux formes suggestives, sculptée dans une seule pièce de bois d’orme.

Du côté de Toulon, on utilisait dans la rade le "Rafiau"
(dit "Pointu") qui arborait un éperon (il disparaîtra
vite pour ne conserver qu’une étrave verticale) et dont la forme
va lentement évoluer vers celle de la Barquette Marseillaise.
Vers Nice, les bateaux à éperon sont en général
appelés "Gourses" et même "grosse
galline" (grosse poule), car assez ventrues. Le terme de "gourse"
semble avoir été souvent employé : tout pointu qui n'est
pas une barquette ou un rafiau est une "gourse"! On appellera aussi
"gourses" les petits pointus de servitude utilisés conjointement
avec les allèges et les mahonnes pendant la deuxième moitié
du XIXe siècle : bateaux très grossiers, aux formes pleines, utilisés
exclusivement à l'aviron ou en remorque.
Vous l’avez compris, la terminologie exacte de ces embarcations est affaire
de spécialistes.. Alors, pour faire simple, on conserve habituellement
la dénomination de "Pointu" comme terme générique
désignant toutes ces barques provençales.

A La Ciotat, le vrai "Pointu" serait dérivé du "Rafiau" toulonnais, il s’en distingue par sa conception destinée à la haute mer et son étrave sans éperon, recourbée en arrière. Rajoutez lui un "capian", un gréement pour la régate et vous obtenez un "Ciotaden". Ouf, vous le voyez, c’est comme la bouillabaisse: on a besoin d’un tas d’ingrédients pour faire un vrai et beau "Ciotaden"!

Pour la construction, on ne se sert pas d'un plan, mais de
mystérieux gabarits dont le principal: universel, en bois, grandeur nature
et transmis de père en fils, le "gabarit de Saint-Joseph",
permet de tracer toutes les membrures. Il est combiné à la "stagniole"
(réglette de bois de 15 x 6 cm où étaient tracés
des chiffres et des traits de repère). Les pièces (débitées
de nos jours à la scie à ruban) sont découpées dans
du chêne de 35 mm, mais toujours façonnées au rabot et à
l’herminette, puis assemblées avec des clous en cuivre et enfin
poncées.
L’étrave et l’étambot sont tracées au "St
Joseph" et sont découpées dans deux plateaux de chêne
puis fixées à la quille. Une grosse poutre provisoire fixée
à la verticale sert de chantier pour recevoir la structure axiale, les
membrures sont alors montées sur la quille. On fixe ensuite le bordage
de haut en bas et, alternativement, d’un côté et de l’autre,
en faisant basculer la coque. Le bordé achevé, on l’égalise
au rabot, il est poncé, vernis, passé à l’huile de
lin chaude et enfin calfaté (voir à Métier des chantiers:
le Calfat). Il ne lui reste plus qu’à recevoir sa peinture et de
belles fleurs pour son Baptême!
Mais n’oublions pas le gréement.. Le mat (ou "arbre") est fixé en arrière du premier banc par un collier en métal ou un simple cordage. Légèrement incliné vers l’arrière, il est tenu par deux simples haubans et surtout par la drisse qui passe le long du mat et revient par une poulie se fixer à l’antenne. Démontés, mat et antenne reposent sur deux fourches en bois qui reçoivent également les avirons. Pour la pêche, la voile est souvent unique et, nous l’avons vu, latine: triangulaire, convexe sur l’antenne et concave à sa base. Elle est hissée à hauteur variable par la drisse qui fait varier la position de l’antenne le long du mat. Elle est souvent teintée pour mieux résister au soleil par trempage dans un antique mélange d’eau de mer bouillante et d’écorce de pin.

La navigation avec une "latine" est assez particulière et demande une expérience certaine, car la voile n’à qu’un seul point de mobilité. On doit, pour s’adapter aux vents, agir sur la drisse, l’écoute, l’orientation et la hauteur de la voile.. A La Ciotat, vous pourrez toujours aller demander à nos Amis de l’Association "CARENES" spécialistes de ces vieux gréements, toutes les subtilités de cette navigation "à la bonne ou à la mauvaise main", et quand il faut "trébucher, enverguer, hisser ou amener" cette antique voile. La vaillante latine sera bien vite détrônée par la motorisation, mais elle subsiste encore pour le plus grand plaisir des amateurs de vieux gréements et les régates sur ces vénérables bateaux.

Le "Ciotaden", régatier, sera
gréé à la "Houari" : c’est-à-dire
que l’on ajoute à la base de la voile latine une bôme et
un long bout dehors à l’étrave pour recevoir un foc. Tout
cela pour augmenter la voilure (la surface de voile), faciliter les manœuvres
et augmenter la vitesse.
Les courses de barques remontent en 1908, où l’on voit s’affronter
les "Bettes" en rade de Marseille; à Nice,
se seront les "Gourses", plus légères
et construites pour l’aviron, qui seront les premières à
être utilisées pour la plaisance. De nos jours, La Ciotat n’est
pas en reste et l’on organise régulièrement des concentrations
et des régates pour ces sympathiques embarcations qui viennent parsemer
de touches polychromes l’azur de notre rade.
