LES TROIS SECS et LES VIGIES

 

Les Trois Secs

 

Au sud-Ouest de La Ciotat, se dresse au dessus de la mer, le curieux groupement de roches que constitue les « Trois Secs ». Sauvage, voire lugubre, quand le temps est sombre, il est majestueux à la lumière du soleil et sa couleur varie alors à chaque heure du jour, quand le jeu des ombres vient caresser son relief particulier.

Emblématique de la ville, inspirateur de nombre de reproductions, cent fois décrit par les poètes et les écrivains… Pour Lamartine, lors de son « Voyage en Orient » à bord de l' « Alceste » qui mouille dans la rade, ce sont : « A l'extrémité du golfe, trois énormes rochers qui s'élèvent sans base sur les flots; de formes bizarres, arrondis comme des cailloux, polis par la vague et les tempêtes, ces cailloux sont des montagnes, jeux gigantesques d'un océan primitif, dont les mers ne sont sans doute qu'une faible image. »

 

Le Cap de l'Aigle

 

De ces trois éminences, le Cap de l’Aigle est le plus aigu, le plus abrupt. C’est un rocher de forme étrange, inquiétant et massif, dominant de 155 mètres les eaux dans lesquelles il plonge. Pour comprendre son nom, il faut le voir depuis la mer… « Bec énorme, il semble plonger vers les flots pour y saisir une proie... » (George Sand), « on le voit…, écrit C. Lenthéric, dans sa « Provence Maritime », …surplomber la mer comme un éperon qui menace de saisir l'îlot rebelle (Ile Verte) qui s'est échappé du continent...».

Le Bec de l'Aigle portait autrefois le simple nom d’«Aquila». La dénomination «Bec de l'Aigle» est moderne, c'est une traduction un peu « extensive » du mot «Aquila» que l'on rencontre déjà dans les Chartes du XVIème siècle. On y retrouve également comme dénomination le nom de « Seser » : Le Bec de l'Aigle est donc aussi nommé «Le Sec». Sans doute à cause de sa végétation indigente et souvent absente par endroits. Les deux autres protubérances du massif ont ensuite hérité de l’appellation, pour donner l’association des « Trois Secs »…

 

Vue du Mugel

 

Du sommet de ce formidable ensemble, entourant le golfe d’Amour, que Lamartine comparait, dans sa beauté, à celui de Naples, le panorama est grandiose : on aperçoit, à l'Ouest, la grande tour de Cassidagne isolée sur un rocher, à plusieurs milles au large; plus à droite, les îles de Marseille : Maïre, Riou, Jaïre..., les falaises du Devenson, la Grande Candelle des calanques, le cap Canaille et, plus près, sur les hauteurs de la Grosse Tête, le sémaphore qui fut établi en 1791 à 324 mètres d'altitude. Vers le Nord, on distingue le massif des Alpilles, d'où se détachent la Sainte-Victoire et toute la chaîne de la Sainte-Baume, avec le Pic de Bertagne, le Saint-Pilon et le sommet des Béguines; puis, les plateaux de Cuges, et plus bas, au pied du versant du Caunet, le village de Ceyreste : la Citharista des anciens. A l'Est, se détachent les plans de La Cadière et du Castelet, avec, plus bas, la large plage des Lecques qui recèle les ruines de Taurœntum (à la Madrague de Saint-Cyr), on distingue plus loin, la pointe Granier, les rochers des Baumelles, les îles de Bandol et, enfin, Six-Fours et le cap Sicié.

Il était donc tout à fait logique que, lors de la colonisation romaine, dans les premières années de l'ère chrétienne, une première vigie dite « du Sec » ait été établie sur les hauteurs du Bec de l'Aigle ! De même que les établissements similaires, dont les Romains avaient jalonné tout le littoral de l'Empire, cette vigie faisait partie d’un vaste système de communication optique et survécut à toutes les invasions barbares (Goths, Bourguignons, Wisigoths, Lombards, Sarrasins,...) des premiers siècles de notre histoire.

On admet qu’elle n'a jamais cessé de fonctionner, depuis sa fondation, jusqu'au Moyen-âge. A partir de l'année 1303, avec Charles II d'Anjou, une première ordonnance relative à l’établissement le long des côtes d’un cordon de vigies destinées à la surveillance des attaques par voie de mer est promulguée. Une de ces vigies est établie sur le rocher du Sec (Cap de l’Aigle), ainsi désigné “Aquila ante Civitatem qui est Locus un territoris de Seseresta”, elle fut ensuite l'objet de maintes réglementations par les Abbés de Saint-Victor ou les Comtes de Provence.

Du haut de ce sommet, on faisait pendant la nuit des signaux lumineux avec des feux (les "farots") de bois sec et, le jour, la fumée du bois vert ou des pavillons annonçaient à la ville les navires étrangers. Vers 1500, on préféra transférer la Vigie du Bec de l'Aigle à la chapelle de Sainte-Croix qui était déjà trés ancienne, car elle avait donné son nom au quartier. Mieux placée, elle couvrait un horizon plus vaste et, surtout, était visible de partout, cependant, elle avait l'inconvénient de ne pouvoir surveiller la base de la falaise et la calanque de Figuerolles où les pirates, rasant la côte, se réfugiaient fréquemment lors de leurs invasions, échappant ainsi à la surveillance de la vigie…

 

Parc du Mugel et Impluvium du XVIIIème

 

Aussi, on transféra encore la vigie au XVIe siècle, vers 1543, sur un à pic antérieurement nommé « colline de la Roca Redona » ce qui lui valut de prendre le nom de Gardy (La Garde), afin de mieux surveiller l’accès à Figuerolles. Sur « la Garde » existait déjà, à cette époque, un oratoire desservi par un ermite.

A propos de cette seconde vigie, un document de 1544, la « Donatio Officii de Garda Burgi Civitatis », mentionne une tour où était placée, une cloche qui devait être balancée à toute volée pour signaler l'approche de l'ennemi. Ce qui venait compléter les divers moyens (feux, fumées, etc.) que les guetteurs de la Garde utilisaient pour prévenir les populations du danger. Les instructions données à ce sujet par les gouverneurs de la Provence, au XVIème et au XVIIème siècle, sont très explicites : de jour comme de nuit, les guetteurs devaient indiquer sans cesse ce qu'ils apercevaient sur le rivage ou sur la mer. L’alerte était donnée pour chaque navire armé qui paraissait à l'horizon… Autant de navires aperçus, autant de feux allumés, et/ou de cloche sonnée. Les autres vigies de l'embouchure du Rhône, jusqu'à La Turbie, devaient alors rapidement répéter le signal pour faire connaître, en une demi-heure au plus, d'un bout de la Provence à l'autre, le moindre événement sur la côte.

En 1610, les Pénitents Bleus (comprenant une majorité de marins) édifièrent à la place de l’ermitage de la Garde, sur la Montagne des Signaux, une chapelle qui sera bénite en 1613. (voir ICI la fiche sur Notre Dame de la Garde).

Autour de 1650, la chapelle et le poste de Vigie semblent ne faire qu'un : un gardien y est affecté en permanence. On retrouve dans le registre des archives communales, la dépense suivante: « A André Arnaud, garde maritime à Notre-Dame de la Garde, à l'occasion de l'armée espagnole, pour un mois de gages : 10 livres…».

Un édit royal, en 1651, ordonne de rétablir la vigie que l'on avait laissé tomber en ruines. D'autres vigies étaient aussi établies sur des éminences voisines: 2 tours sur le Puget-Torroan et, plus à l'ouest, une autre, dans la campagne de la Torre; celles de Ceyreste: sur le "castrum" et celle, en face du village et dominant toute la contrée, de Moulin-Mourié (Moulin des Maures) qui aurait été investie par les Sarrasins lors de l'une de leurs incursions; celles de la Cadière: la grande tour du Pyroulet, celles de Réja, de la Mure, de Poutié, d'Entrechaux, de Benete, etc...

D'après une ordonnance du 1er juin 1695, conservée aux archives de La Cadière, voici dans quel ordre se correspondaient les vigies du littoral : Vigie du Cap Couronne - Tour de Carry, près de Martigues – Notre-Dame de la Garde, à Marseille - Vigie de Marsihoveyre (Marseilleveyre) - Ile de Riou - Vigie du Cap de l'Aigle - Vigie de la plage de Runzels, près d'Ollioules, et ainsi de suite jusqu'à Nice.

Successivement, en 1695, 1711, 1747, 1761, les Gouverneurs de Provence renouvelleront régulièrement la vigie dans ses fonctions et, durant tout ce temps, la vigie de Notre-Dame de la Garde n'a donc jamais cessé de veiller sur la sécurité des ciotadens.

Ce ne fut que trente ans plus tard, en 1794, que la vigie fut transférée à la Grosse-Tête, à emplacement du Sémaphore actuel, qui devint le troisième site de surveillance de notre côte.

 

GEOLOGIE DES TROIS SECS

 

Poudingues                   Effet érosif

 

Issue de la même « Orogénèse » (voir ICI), La composition géologique des Trois Secs est analogue à celle de l'île Verte: ils sont tous deux constitués par des terrains appelés «Turonien», caractérisés par des «poudingues», dont la composition est la suivante :
une majorité de galets siliceux de grés rouge, quelques galets siliceux de quartzite gris foncé et de rares galets de calcaire dispersés, de différentes provenances. Le tout est lié par un ciment gréseux d'une dureté remarquable. Quelques rares couches sableuses ou calcaires contiennent enfin des fossiles d’«hippurites».

Tous ces cailloux roulés auraient été transportés, il y a plus de 90 millions d'années par un torrent provenant du Sud-Sud-Est. Avec le temps, l'érosion marine et éolienne a contribué à la formation de ces rochers à l'allure bizarre (comme le Bec de l'Aigle ou le rocher du «Capucin») et a creusé les calanques du Mugel et Figuerolles.

 

Le Rocher du Capucin

 

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