LE SARCOPHAGE DU GRAND MADIER

 

Le Sarcophage

 

Le 14 juin 1905, des ouvriers terrassiers, creusant une tranchée dans la rue du Grand Madier pour changer une canalisation de gaz, mirent à jour, entre les numéros 17 et 26, une grande pierre tombale en forme de dos d’âne...

C’était en fait le couvercle d’un sarcophage taillé dans un bloc de pierre mesurant 2 m. de long, 70 cm. de large et 60 cm. de haut. Quand on le souleva, on découvrit un intérieur, grossièrement épannelé, qui affectait la même forme que l’extérieur avec une épaisseur allant de 5 à 10 cm. On y découvrit des crânes et des ossements humains parmi lesquels se trouvait un petit vase...

Ce sarcophage est de type « romain de basse époque », comme on en rencontre beaucoup dans des nécropoles du IVème au VIème siècle en Provence. Sa forme parallélépipédique, l’absence de coussinet ou d’alvéole crânienne à l’intérieur et la multiplicité des ossements inhumés ensembles en ont fait situer la fabrication aux alentours du IVème siècle.

Le couvercle monolithique est en pierre dure calcaire grisâtre du type “toit en bâtière” : c’est-à-dire en forme de toit à double pente. Il est orné de 6 acrotères, un à chaque angle, et 2 médians. Une inscription difficilement lisible apparaît sur une des pentes du couvercle. Il semble que l’on puisse décrypter un Alpha et un Oméga majuscules (?), symboles du Christ au début du IV è siècle.

La cuve est en calcaire tendre rosé des carrières du Cap Couronne, qui furent en exploitation depuis la plus haute antiquité. Lors de l’ouverture, elle contenait (d’après un article du Petit Marseillais du 16 juin 1906 et le Bulletin de la Société Archéologique de Provence de la même année) « 6 ou 7 crânes humains, et les os longs, mais en très mauvais état… de deux individus de grande taille, les autres plus petits… Et une “Olpé” : petite cruche à col haut et étroit évasé vers le bord, à panse globuleuse et anse rubanée s’attachant sur le bord…»

 

Vase lacrymatoire "Olpé"

 

Cette « Olpé » est un vase indigène, de fabrication locale, de couleur chamois, recouverte d’un vernis terne blanc-rosâtre, non lissé. Elle fait 16 cm de haut; 9,5 cm de diamètre maximal, 4,2 cm de diamètre au pied et de 4 à 4,3 cm. de diamètre à l’ouverture. Sa présence inhabituelle suggère que la dernière inhumation a été plus tardive que la fabrication du sarcophage: Vème ou début du VI siècle, époque où les rites barbares venus avec les invasions commencent à s’imposer aux peuples du Midi.

 

rue du Grand Madier

 

Le lieu de découverte du sarcophage dans la rue du Grand Madier, proche mais à l’extérieur des anciens remparts de la Cité médiévale, la présence, à quelques dizaines de mètres de lui, d’un second sarcophage, le fait que la chapelle, lieu de culte au Moyen-Age, était attenante à cette portion de rempart et, enfin, l’existence d’un cimetière à cet emplacement même, attestée par des documents du XIVème siècle, font penser qu’il faisait partie d’un cimetière chrétien des premiers siècles, extérieur au bourg, sans doute installé sur les restes d’une nécropole païenne, celle du port de Citharista et des habitants des villas romaines de la plaine.

 

Aspect actuel

 

Le sarcophage fut transporté après sa découverte au cimetière de la ville, les ossements qu’il contenait furent inhumés dans l’enclos funéraire et il fut placé contre un mur entre les cyprès, emplacement qu’il a occupé jusqu’en 1977. Aprés un "passage" au Jardin de la Ville, où il faillit périr de multiples agressions, il a été heureusement sauvegardé et se trouve aujourd’hui exposé au Musée Ciotaden où son « Olpé » est également conservée.

 

Le sarcophage

 

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