LES TOURS ET LES MURAILLES DE LA CIOTAT 

 

Saviez-vous que La Ciotat était autrefois une cité entourée de murailles où se dressaient de nombreuses tours? Voici l’histoire de ce véritable
« château maritime ».

 

La ville en 1780

 

Jusqu'en 1323, le lieu n'est pas encore fortifié. Le comte de Provence Robert, se sentant menacé par les Spinola, maîtres de Monaco et leurs alliés, délégua son Trésorier, Robert de Milet, pour étudier la possibilité de fortifier nos côtes. Mais La Ciotat fut déclarée impropre à toute fortification.. Il ne s'y trouvait alors qu'une tour, la tour de l'église, dans laquelle on se contenta de placer trois balistes et 600 carreaux (javelot de grande taille qu'on lançait a l'aide des balistes) et l'on demanda aux habitants de transporter leurs meubles à Ceyreste pour pouvoir vite courir s’abriter en cas d'alerte. (La Ciotat et Ceyreste étaient alors réunis).

Un demi-siècle plus tard, le bourg comptait 3 tours: celle de l'église, celle du Seigneur et celle de Jacques Villedieu devant laquelle se tint, en 1379, une des premières assemblées locales. Le cadastre de 1462, après l'accession du bourg au rang de commune, fait apparaître sept tours (mais ce nombre est certainement inférieur à la réalité) : la tour de « Villedieu » (dite de « Monsenhor » en 1480 et 1501), la tour d’ « Espéron », la tour de « La Figuiera », la tour de « Terrus », la tour de « l’Orologe », la « torre de la Gleyza » (l’église) et, au milieu du bourg, la tour de « Miega-Vilha » (« milieu de la ville »), primitivement dite « du Seigneur ».

 

Ancienne et nouvelle enceinte

L'ancienne (en rouge) et la nouvelle (en noir) enceinte (XVIIème)

 

On ne commençera à parler de murailles qu'au siècle suivant et il est permis de supposer que le sac du bourg par les bandes de Pierre de Lune, en 1409, fut la cause de leur construction. Pour se protéger contre les attaques des pirates, les habitants du bourg relièrent les tours par des murailles ou « barris ». Cette première enceinte longue de 400 m, faisait une ligne quasiment droite du côté de la « ribo » (la mer) et une ligne brisée semi-circulaire du côté terre. Le tracé suivait les actuelles rues Maréchal Foch, Arnoux, Donzel et, contournant la place Sadi Carnot, retournait à la mer par la rue de la Calade. L'enceinte était percée de deux portes. L'une s'ouvrait sur la campagne : le « Pourtal d'Amount » dans l'axe de la rue principale du bourg, (actuelle rue des Combattants, ex-rue du Dintre) et l'autre donnait accès au rivage, « la ribo », pour les pêcheurs : c'était le « Pourtal de la Mar ».

Les barques constituant toute la fortune des habitants, il fallait aussi les mettre à l'abri des incursions nocturnes des pirates. On avait donc imaginé de pratiquer dans le soubassement des murailles des excavations profondes, fermées par de solides portes, les « escas », où les pêcheurs halaient leurs bateaux et leurs filets (d’où l’origine de "l'Escalet").

 

Plan anglais

Plan Anglais de La Ciotat

 

La population s’accroissant rapidement, les nouveaux habitants élirent domicile hors de l'enceinte. Ils devinrent vite majoritaires et appelaient ceux qui étaient restés dans la vieille enceinte : « li gens dou dintre » (les gens de l'intérieur). Il devenait urgent d'étendre le périmètre de la cité. En 1547, des lettres-patentes du roi Henri II permirent aux consuls de La Ciotat de "clore le dit lieu de murailles, faire fort et fossés, avec permission d'imposer un dizain sur les particuliers à cet effet". Donc de lever un impôt pour pouvoir les construire.

L'entrée du port avait été dotée d'une plate-forme de terre consolidée par des murs d'enceinte et armée d'une batterie de canons. C'était ce qu'on nommait un "boulevart", qui en provençal devint "balouard" ou "baloard", le point de départ du nom du fort. (voir la fiche correspondante)

 

La nouvelle enceinte

En bleu, le tracé de la nouvelle enceinte (cadastre de 1810).

 

Le 6 janvier 1552, il est pris une délibération pour l’édification des murailles. L'enceinte ne fut achevée et le fort construit que seulement 30 ans après ! L'impôt sur les fruits et le « vingtain » prélevé sur les produits de la pêche et de la navigation avaient fourni les fonds nécessaires.

Les nouvelles murailles avaient 727 mètres de long, 6 à 7 mètres de haut et environ 1,50 m d'épaisseur. Les tours qui flanquaient cette deuxième enceinte avaient 9 à 10 m de hauteur. Elles suivaient le tracé des Boulevards Jean Jaurés, de la République, Guérin et 5 portes s'ouvraient dans cette enceinte. C'étaient, en partant du Nord-Est : la porte « de la mer » (à proximité du fort Saint Martin), la porte « Réale », la plus importante avec ses deux grosses tours, la porte « de Cassis », la porte « Saint Antoine » et celle « des Fainéants » (donnant sur le quai au bas du Bd Guérin, ainsi nommée du fait des oisifs qui traînaient toujours là).

 

La Porte Réale

 

Ces murailles dominèrent donc le port pendant presque 300 ans ! Leur démantèlement va, lui, durer de 1835 à 1876..

M. Benet, Directeur de la "Société de Navigation à la Vapeur", demande , en 1835, l'élargissement de la porte de Cassis (située en haut de l’actuelle place Esquiros). Le Conseil Municipal accepte et il est même autorisé à démolir les 3 tours que l’on rencontrait, en descendant, de cette porte, à la mer. Mais on se heurta au refus du Commissaire de police de l’époque, Marius Lieutaud, qui alerta le préfet, le ministère de la Guerre, celui des travaux publics et le commandant du Génie. Rien que çà !

Du coup, l’état demande au Conseil Municipal de justifier cette autorisation. Ce dernier, réplique en la renouvelant, invoquant le fait qu’il s’agissait d’une propriété communale, payée, en son temps, par les seuls ciotadens.. Nouvelle opposition farouche du commissaire qui, se souvenant des attaques anglaises de 1808 et de 1812, ne veut pas que l'on touche aux fortifications ! Il est entendu par le ministre de la Guerre qui s'oppose à la démolition et demande la cession gratuite des remparts à l'Etat.

En retour, le Conseil demande à l'Etat de faire un geste pour la ville et réclame l'élargissement des portes de Cassis, de Marseille et celle des Fainéants, plus un point d’eau à cet endroit! L’état refuse et les murs compris entre la Consigne et la porte de Cassis seront enfin démolis..

 

La porte de Cassis          Porte de Cassis aspect actuel

 

En 1864, on poursuit la destruction des murailles, au grand dam de Marius qui, dans de nouvelles lettres aux autorités, s'indigne : «Déjà 332m de remparts et 3 tours sont tombés… Il reste encore 395m d'enceinte et 4 tours, et, s'il n'est pas mis fin à cette œuvre de démolition, la Ville, démantelée, sera offerte aux envahisseurs..»!En dépit de ses alertes, la démolition de la porte de Marseille s’ouvrant sur la Bourgade est commencée en 1874 et, en 1876, on démolit le reste des remparts qui encerclent encore la ville. Sur le tracé des anciennes murailles on va construire les boulevards Jean Jaurés, de la République et Guérin.

Seul le fort Bérouard résistera encore un peu.. mais ceci est une autre histoire..

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