Une Église pour La Ciotat : NOTRE-DAME de L'ASSOMPTION

 

Aspect en 1840   Aspect en 1870

 

Durant les premiers siècles de son histoire, La Ciotat dépendait totalement de Ceyreste tant sur le plan administratif que sur le plan religieux. Les premiers habitants du bourg n’étaient pas pour autant obligés de faire le trajet de Ceyreste pour suivre les offices. En effet, il aurait existé, dans l’une des trois tours de l’enceinte primitive, la « Turris Ecclesiae », mentionnée « torre de la gleysa » en 1323, une chapelle auxiliaire où les premiers habitants de la communauté venaient suivre les offices religieux, célébrés par un unique prêtre « à l'entretien duquel chaque habitant contribuait ». (Cette tour ne disparut qu'en 1877).

Mais cet arrangement dépendait à la fois du zèle religieux des fidèles et de la bonne volonté du vicaire perpétuel de Ceyreste, maître de l'unique paroisse pour les deux bourgs. L'esprit d'indépendance qui commençait à se manifester parmi les trente chefs de famille (les cap d’hostau) dont se composait alors la population de La Ciotat (150 habitants environ), s'accommodait mal de cette situation. Aussi s'adressèrent-ils à l'Abbé de Saint-Victor (seigneur féodal du territoire depuis 1365) pour être constitués en communauté paroissiale distincte…

 

Acte de constitution de la Paroisse

 

Celui-ci leur donna satisfaction par l’institution de la Vicairie Perpétuelle de La Ciotat dans un acte du 8 mars 1373, approuvé le 22 mai par une bulle pontificale de Grégoire XI. Il le fit d’autant plus volontiers qu'une riche habitante du bourg, Dona Agnasson, communément surnommée « Touto-Laïsso » en raison de sa générosité, fit donation, en avril 1373, d’une grande partie des frais de cette nouvelle institution. (L'appellation hispanisante de Dona était en usage pour désigner les dames notables : probable influence des princes catalans alors titulaires du Comté de Provence). Une seconde donatrice, Dona Antoinette Gantelmeassa suivit son exemple en janvier 1420 : la vente de ses biens permit de payer les 20 florins que devait régler annuellement la communauté au chapelain. Ces fonds étaient administrés par de « probes conseillers du bourg » qui furent les premiers administrateurs municipaux de la Paroisse !

La Ciotat a donc acquis son indépendance ecclésiastique plus d'un demi-siècle avant son existence politique, puisque cette dernière date seulement de la charte du 17 mars 1429, par laquelle Guillaume Dulac, Abbé de Saint-Victor, lui donna rang de communauté distincte.
Avec l'accroissement rapide de la population, qui s'accentua à partir du XVe siècle, la chapelle primitive de la Turris Ecclesiae devint vite insuffisante, surtout les jours de fête, et ne put contenir que le quart de la population… Après mûres réflexions, plutôt que de la remplacer, on choisit de l'agrandir et d'y faire une chapelle dédiée au Saint-Esprit. Après accord de l’Abbé de Saint Victor en 1451, on procède donc, 10 ans après en 1461, à un premier agrandissement (20m x 4m).

 

Restes de la tour du clocher                       Ancienne porte de la mer et soubassement primitif

 

Mais, toujours trop petite, les Consuls demandèrent à nouveau l'autorisation à l'Abbé de Saint-Victor, Pierre Dulac, successeur de Guillaume, de construire une nouvelle église. Le 20 septembre 1470, ce dernier offrit à la Communauté un terrain pour l'église nouvelle. Elle devait être dédiée à Notre-Dame. Par la suite, la ville fit, en fonction des ressources dont elle disposait, et ce, pendant toute la durée des travaux, l’acquisition de maisons, tours, celliers et constructions diverses attenantes à l’église. Leur démolition progressive fournit peu à peu la place et les matériaux nécessaires à l’édification.

En 1555, le ciotaden Jehan Blancard fut condamné à mort pour avoir commis un homicide dans l’enceinte de l’église lors du service divin… Souillée par le sang, elle dut être consacrée à nouveau par l’Evêque de Troye : Barthélémy. En 1560, un arrêt du Parlement de Provence condamne le sieur Abbé de St Victor à payer le tiers de la construction de l’église.
Mais on dut en premier déplacer, entre 1581 et 1583, le cimetière (consacré également à la Vierge depuis le XIVème siècle) et qui, selon l'usage, était attenant à 1'église (ce premier cimetière était fort ancien puisque l’on y fera plus tard la découverte du sarcophage du Grand Madier datant du VIème siècle! Voir fiche ICI).
Les documents d’archives montrent toute la difficulté qu’eut la communauté pour récolter des fonds: on bloqua sur le projet tout l’argent provenant des associations religieuses qui profiteraient de la nouvelle construction, on créa des impôts nouveaux : « soixantain sur le pain », « l’once de la grasse chair (bœuf) », le mouton, le poisson, etc., sans oublier les aumônes et les amendes : « sur les danses immorales où il y avait des baisers échangés et des mollets découverts… », sur le vol des olives du voisin, ou pour les troupeaux mal surveillés… Les fonds enfin rassemblés, il ne manquait que des plans et un architecte pour les exécuter.

 

Plan de l'Eglise            Coupe en 1821


Sollicité en 1600, l’architecte Messire Nicolas d’Aix, sans doute recommandé par Le Seigneur de Régusse, propose en 1603 son plan d’agrandissement qui respecte un temps l’ancienne église, ce qui permettait d’assurer la poursuite du culte pendant les travaux. Nicolas vient sur place en novembre tracer le travail, aidé du Maître-Maçon (« Cap d’Obre ») Suquet.

Un autre Cap d’Obre : Nicolas d’Aix, dit « le maçon » ou « l’ingénieur », conduira les travaux avec ses enfants pendant 9 années de 1604 à 1613, puis sera remplacé par son fils Balthazard., et en 1616, ce sera le tour de Maître Balthazard Laurence.

Les maçons font eux tous partie de la famille Suquet de La Ciotat. Les « gâcheurs de mortier » sont des journaliers, souvent étrangers à la ville et payés 12 sols par jour. Des arabes nommés « morescons » se chargent de la roue de la grue en bois qui élève les matériaux (12 sols par jour). Les femmes enfin servent de manœuvres, mal payées (4 sols par jour), elles portent le sable, l’eau et les décombres dans des couffins. (Un âne de bat est payé, lui, 12 sols… !).

 

Crucifix   Voute de la sacristie   Ostensoir

 

Quant aux tailleurs de pierre, au nombre de 2 à 12 selon le travail, ce sont des ouvriers étrangers à la région (certainement des compagnons) qui se succèdent sur le chantier par périodes de 2 à 6 mois, jamais plus. Seul ciotaden : « un juif résidant dans la ville, habile dans plusieurs arts et principalement dans celui de bâtir », offrit ses services comme tailleur de pierre et «se chargea d'élever un temple en l'honneur d'un Dieu méconnu par lui et par sa nation ». (On voit encore son nom : Samuel Leclerc gravé sur le dernier pilier de droite de l’église). Ces tailleurs sont tous payés 18 sous par jour, à l’exception d’un nommé Jehan Lamphant, venu en 1607, qui reçut la solde des Maîtres-Maçons (20 sols) et serait à l’origine de la porte consulaire qui fut édifiée à cette époque.

 

Vierge du Baptistère                   Vierge de la sacristie

 

Nombre d’artisans locaux contribuèrent aussi au travail : charpentiers, forgerons, menuisiers, affuteurs, taillandiers, vitriers, peintres, serruriers, etc.
Les pierres de taille viennent de Bandol et, surtout, des carrières de La Couronne de Marseille par bateaux qui les livrent au petit môle. Elles sont ensuite transportées sur des chariots à 4 roues par des portefaix marseillais payés au forfait. La chaux pour le mortier vient de Ceyreste, ce sont les femmes qui tirent l’eau du Petit Puits pour la mouiller. Le sable est tiré de la mer ou des gravats tamisés, par souci d’économie. Les tuiles semblent venir de l’Estaque et parfois de la Madrague. Pour la charpente, on achète principalement, et d’occasion, des éléments de mâture de barques.
La construction, débutée en avril 1603 par le déblaiement de l’ancien cimetière, se poursuit donc jusqu’en 1617, date à laquelle la nouvelle église devient habitable et où l’on peut envisager de démolir la dernière muraille qui la sépare de la vieille chapelle pour enfin achever la construction.
On fait l’acquisition d’une plaque d’ardoise de 11 pans de long pour faire le grand autel, d’un bénitier de marbre pour mettre à la porte, on transfère les cloches de l’ancien clocher au neuf et en 1620, on abat enfin cette muraille subsistant entre les deux bâtiments. En juillet, l’aménagement semble définitif comme le prouve la mise en place d’un gardiennage. Une « banque en noyer » pour mettre les consuls en honneur est livrée en 1621 et des vitres sont montées en juin 1622.

 

La Porte Consulaire avant 1975             La même aujourd'hui

 

Une grande porte donnant sur la place de la poissonnerie au nord et la petite porte de la sacristie existant déjà à l'est, on construit la Porte Consulaire, presque en face de la Maison Commune (où se réunissaient les Consuls) à l’extrémité ouest de la façade sud. Mais les paroissiens se plaindront qu’en hiver il n’y a pas de place à l’abri des vents lorsque ces deux gfrandes portes opposées sont ouvertes. La porte de la grande place (actuelle Place Sadi-Carnot) sera supprimée vers 1804 et remplacée par un calvaire, puis murée et enfin ornée de vitraux. Une autre porte sera ouverte sur la façade ouest en 1821 puis modifiée en 1972, lors de la dernière restauration.

Les gros travaux prirent fin en 1625, pourtant, le défaut de « centrage » de la porte consulaire, déportée vers l’ouest, donne à penser qu’une ou deux travées supplémentaires auraient du être encore construites après elle... Ressources insuffisantes ? Il faut dire que, depuis 1604, le culte était célébré à même le sol de terre battue, pendant que l’on aménageait les « vas » (caveaux) destinés aux défunts des diverses confréries, et que l’on attendait le pavage définitif. Dès 1638, Mgr de Loménie, Evêque de Marseille trouvera pourtant dans l’église quelques 16 chapelles consacrées et « tous ces autels en bon état et bien pourvus du nécessaire pour le culte ». On rehausse le clocher en 1648, les boiseries du chœur sont achevées en 1649. Le clocher sera à nouveau rehaussé en 1664. Les cloches y seront placées en 1665.  

Lors de la consécration de l’église en mai 1678, François Piquet, « évesque de Cazarople et vicaire apostolique de Babylone » enfermera dans un petit coffre de plomb les reliques des saints martyrs Vincens, Anthime et Donat. Ce petit coffre sera ensuite scellé dans un petit tombeau creusé dans le grand autel « au devant et au milieu d’ycelui ». En remerciement pour son déplacement, on fera « pour don au seigneur évesque de six flambeaux et six boites de confitures »…

Anne Meistre ayant fait un leg, en 1663, pour doter l’église d’un orgue, on récupère en 1667 celui de l’église des Accoules de Marseille. Restauré et agrandi à plusieurs reprises au cours du XVIIIème siècle, mais il est trés dégradé en 1874 et Mr le Curé Paranque décide, sur ses propres deniers, d'en faire installer un neuf. Ce nouvel instrument, commandé en 1877, est une création magistale du facteur François Mader qui, restauré plusieurs fois depuis, orne encore aujourd'hui la tribune de l'église.

 

Grandes Orgues     Reliquaire     Maitre autel de Fossati

 

Une horloge sera placée en 1730 dans le clocher. En 1740, un maître autel sculpté en marbre polychrome avec tabernacle en bois doré, œuvre de Doménico Fossati, marbrier à Marseille, remplace celui de 1617. En 1743, l’Evêque de Marseille Mgr de Belsunce vient en visite et ordonne : « de faire élever les murailles de l’endroit où l’on ensevelit les enfants morts sans baptême et de faire une porte à l’entrée afin d’éviter à l’avenir que les chiens ne traînent les dits morts dans les rues et que les enfants n’aillent y faire leurs ordures… ! » Mgr de Belloy viendra à sa suite confirmer l’église en septembre 1757. En 1767, Antoine GIBERT, facteur d’orgue, vient réparer les fragiles orgues à 9 registres. La petite place de l’église est agrandie en 1772, par démolition de maisons attenantes qui tombent en ruine.

Pendant la Révolution, l’église est déclarée bien national, un inventaire est fait et l’argenterie sera vendue entre 1793 et 1795. Le Vicaire prête serment à la patrie en 1791. Le 28 mai 1794 la Mairie est transférée à la maison curiale sur le port. En 1804, après le Concordat, on édifie la chapelle des morts à la place des escaliers qui descendaient, dans l’église, depuis la porte de la grande place qui est condamnée.

 

La porte de 1821            Ancienne porte de la place Sadi Carnot


En 1820, on perce la façade ouest d’une autre porte style "Empire", permettant l’accès à la petite place de l’église. Une croix y sera placée en 1821 et une seconde en 1827. Après des remises en état partielles et pour assurer son entretien, le Conseil Municipal demande, en 1859, le classement de l’église comme monument historique, ce qui lui sera refusé... Des vitraux viennent garnir entre 1864 et 1868 les fenêtres de la nef. Un agrandissement de l’église est décidé par le conseil de Fabrique de la Paroisse (les Administrateurs de l’église) et sera approuvé par le Conseil Municipal. Une rosace vient orner la nef en 1876.

 

Aspect vers 1860


L’Abbé Paranque envisage, après la rénovation des orgues en 1877, une complète restauration du bâtiment en 1881. Pierre Bossan, l’architecte de Notre-Dame de Fourvières à Lyon, est chargé des travaux. Il déplace l'autel majeur à l’entrée de l’abside, tandis que le sculpteur Emile Millefaut l’orne d’une très belle statue de l’Assomption de la Vierge haute de 3,15m à la place de la Vierge à l’Enfant qui, elle, sera placée, en 1881, dans la niche au dessus de la Porte Consulaire.

 

Baptistère    L'Assomption de Millefaut    Autel de ND de l'Assomption

 

Le 19 mars 1882, l'Evêque vient consacrer l’autel et bénir la statue. Le 7 novembre 1889, c'est le début de la réparation du clocher de l'église paroissiale. C'est à partir de là que le clocher prit son aspect actuel, avec un toit de tuiles à quatre pentes.
Enfin, des travaux de rénovation des façades et des restauration des structures, entre 1972 et 1977, donneront à L'Eglise Notre Dame de l'Assomption son aspect actuel pour répondre aux aspirations du Concile Vatican II… C'est de cette époque que datent notamment les fresques murales de Gilbert Ganteaume et la porte d’aspect « roman » qui donne sur la petite place de l’église et remplace la porte « empire » de 1821.

Ainsi, incessamment transformée et réparée, la vénérable Notre Dame de l'Assomption a toujours su trouver sa place dans l'écrin du port vieux et offre encore à la ville, après 400 ans d’existence, l’une de ses plus belles perspectives.

 

L'Eglise et les tartanes en 1910               Eglise actuelle


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