LE FORT BEROUARD  

 

Quelle est donc cette mystérieuse construction fortifiée si souvent retrouvée sur les peintures, dessins et photos anciennes
à l’entrée du port de La Ciotat ? C'était le Fort Bérouard dont voici l'histoire..

Le "BEROUARD" en 1830

 

L'entrée du port avait été dotée d'une plate-forme de terre consolidée par des murs d'enceinte et armée d'une batterie de canons. C'était ce que l'on nommait à l’époque un "boulevart", qui en provençal devint "balouard" ou "baloard". Le nom commun "Balouard" devint "Barouard", puis "Bérouard" dans le dialecte ciotaden. On l’accola enfin, au XIXème siècle, à la construction qu’il portait ce qui donna "le Fort Bérouard".

A la date du 25 octobre 1551, il est pris une délibération pour la transformation de ce "baloard" en château et on ordonna que "pour icelui faire et pour sa fabrique et dépens, il sera exigé perçu et levé sur tous les manants, habitants et particuliers du dit Cieuta, un vingtain des fruits de terre, savoir blé, vin, avoine, orge, huile safran et figues d'une année seulement, et aussi tout gain et profit de mer." Le 11 novembre 1564, le roi Charles IX, par lettres patentes, accorde aux consuls de La Ciotat la permission d'élire tous les ans un capitaine gouverneur de la place et fait don de plusieurs pièces d'artillerie. Ces autorisations sont confirmées par Henri III tout au long des années 1581 à 1583.

Mais le fort, construit de 1551 à 1572, ne sera vraiment terminé que seulement 30 ans après la délibération initiale! On retrouve en effet, en date de juillet 1584, un rapport du cannage (la mesure : la canne était une mesure qui valait environ 2 mètres) des murailles du Grand Baloard qui remplaçait le terre-plein primitif. L'impôt sur les fruits du terroir et le "vingtain" perçu sur les produits de la pêche et de la navigation avaient fourni les fonds nécessaires.

 

En 1770


Voici la description du fort à la veille de la Révolution: "Le Bérouard en haut duquel est un fanal pour servir de signal aux vaisseaux pendant la nuit, est commandé par un gouverneur qui prend le titre de capitaine. On y bat tous les soirs la retraite quoi qu'il n'ait pas de troupes. Ce fort est à l'entrée du port. Il renferme 11 canons et une prison où on met ceux qui ont malversé dans le métier de la mer, et même des voleurs et criminels de toutes espèces, car il contient une seconde prison destinée à ceux qui ont commis des crimes civils."

 

En 1890


En 1793, le fort reçut plus de 100 prisonniers politiques, dont l'abbé Aube, prêtre assermenté qui s'était rétracté. Ces prisonniers furent pour la plupart transférés à Marseille pour y être guillotinés. Le fort était particulièrement insalubre et, le 27 septembre 1794, la municipalité, vu l'état de santé des détenus de la "Maison d 'arrêt", avait été contrainte de procéder à la libération de 59 de ses prisonniers, particulièrement atteints par les fièvres!

Dans les premiers jours de janvier 1852, 22 prisonniers politiques, compromis lors du coup d'Etat du 2 décembre 1851, furent aussi enfermés dans les Geôles du Bérouard, avant d'être transportés au Château d'If de Marseille.

 

En 1893

 

Sous le Second Empire, la ville entretenant une compagnie de soldats de ligne, ceux-ci furent logés dans le fort. Ils n'y demeurèrent pas longtemps car la plupart d'entre eux furent aussi atteints de fièvre produite, disait on, par les déjections déposées au pied du mur de la citadelle. En réalité, c'était l'air humide des cachots qui en était la cause..

La tour du Dintre qui servait de maison d'arrêt ayant été détruite en 1851, pour l'agrandissement du quai, et la ville se retrouva donc sans prison. L'édification d'un immeuble spécial étant trop onéreuse, le maire L. Cottard eut, en novembre 1854, une entrevue avec le commandant du Génie militaire qui accepta de recevoir des prisonniers civils au Bérouard: "à la condition que la ville reporte au sous-officier gardien du fort la paye faite au gardien municipal." Comme la ville faisait déjà les frais d'éclairage et de chauffage du corps de garde, la forteresse devint donc une prison municipale.

 

En 1892

 

Le Bérouard, fut inclus dans les ouvrages militaires destinés à être déclassés par la loi du 27 mai 1889. Le déclassement fut effectif en juin 1890. De plus, la commune avait besoin d'un terrain pour construire une gare au terminus de la ligne ferroviaire Gare-Ville et des entrepôts à marchandises. La démolition du Bérouard commença donc en 1892 et fut effective en 1895. Par la suite, il ne resta plus de la construction que le môle et le phare qui conserveront logiquement le nom de "Bérouard" jusqu'à nos jours.

 

   Le Môle et le phare en 1930 et 1945

 

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