La Chapelle des Pénitents Bleus: NOTRE DAME DE GRACE

NOtre Dame de Grâce

 

Les Pénitents Bleus, constitués en confrérie le 8 août 1597, étaient au nombre d'une soixantaine. Placés sous l'invocation de Notre-Dame-de-Grâce, ils tinrent leurs premières réunions dans l'église Saint-Antoine, « hébergés » par les Confrères de Sainte-Barbe. Mais très vite la Confrérie, constituée des notables et des négociants les plus riches de la cité, devint prospère et voulut avoir sa propre chapelle. On mit donc à sa disposition dans la cité une première chapelle de Notre-Dame de Grâce (l’actuel local Bon).

Toujours plus riche, après avoir construit sa chapelle « rurale » de Notre Dame de la Garde en 1610 (voir ICI), la puissante confrérie entreprit d’étendre ses possessions urbaines : en 1618, on trouve trace de l'achat d'une place de maison, proche de la vieille chapelle. Et, en 1626, la plus grande partie du terrain nécessaire ayant été achetée, une délibération du 15 mars 1626 portant les signatures de Jehan Carbonnel, prieur, et Antoine Fardeloux, sous-prieur, décide « d'agrandir la chapelle du côté de Tramontane ». Mais, les remparts de la ville étant trop proches, un architecte Marseillais : Pierre Pourtaud, dresse un nouveau dessin qui prévoit un agrandissement du côté du soleil levant (vers la mer) lequel est accepté à l'unanimité. Il est alors donné pouvoir au prieur et sous-prieur d'acheter et de faire acheter au nom de la dite chapelle, la place qui serait convenable pour faire agrandir la vieille chapelle.

Ainsi, les Pénitents Bleus, débutent la construction de la nouvelle chapelle N-D de Grâce le 4 mai 1626.
« Ils avaient entrepris l'édification d'une chapelle particulière, dont ils firent, grâce aux ressources dont disposait la confrérie, recrutée parmi l'aristocratie commerciale du temps, un monument qui se distinguait à la fois par son élégante architecture gréco-romaine et par sa riche décoration intérieure. Le fronton de cette chapelle comporte, encore de part et d'autre de sa niche, qui jadis abritait vraisemblablement une statue de la Vierge de Grâce, le relief de deux pénitents en prière… ».

ND de Grâce: voutes intérieures
Fronton actuel
Décoration "Maniérée"

    

Les deux corps de bâtiment des deux chapelles successives se succédaient à angle droit et le site trés pittoresque faisait face au golfe, au sommet d'un large amphithéâtre de gradins « coupés de tertres et ombragés d'alisiers ».

Le travail d'embellissement des abords de la chapelle fut très long et de nombreuses quittances et actes d'achats s'échelonneront jusqu'en 1630. A la même époque, de généreux donateurs meublent la chapelle de nombreux tableaux et, par testament, on retrouve de multiples legs destinés à son entretien en échange de la possibilité d’y être inhumé. Car, à partir de 1630, il était d’usage pour les pénitents d’être ensevelis dans les caveaux aménagés dans le sous-sol de la grande chapelle. (On relèvera plus tard, dans les archives paroissiales, les noms de quelques 519 personnes inhumées là...) Cette coutume cessera en 1776, sur ordre du Roi.

La Révolution survint alors et les confréries étant supprimées, leurs possessions devinrent biens nationaux. La chapelle est estimée 6.500 livres et l’inventaire des meubles et ustensiles illustre les richesses qui y étaient accumulées : un lutrin bois de noyer neuf sculpté, une banquière neuve en bois de noyer, 3 grands tableaux dorés, 5 lustres dont deux en cristal, 5 grands tableaux et divers autres tableaux moyens, des statues en bois doré, 4 Christs, 13 bâtons de procession (6 dorés et 7 peints), diverses bannières dont deux en velours bleu brodées en or relevé en bosse, 7croix de différentes grosseurs pour les autels dont une de Jérusalem, incrustée de nacre et garnie d'argent, 46 bouquets artificiels, dont une partie argentée, un évangile avec cadre doré, 23 nappes, 7 aubes, 9 parements d'autels et 10 pavillons de différentes couleurs, 3 chapes dont une en camelot d'angora rouge et une de satin de Lyon à fond blanc à bouquets et dentelles à franges d'or, 24 chasubles, 5 cloches dont une grosse, etc., etc…

Tous ces biens furent emballés et chargés sur la tartane « Vierge de Miséricorde » et expédiés à Marseille en même temps qu'une cloche de 345 livres. A cet inventaire des objets était joint un état des dettes de la confrérie car les confrères avaient fait aménager à grands frais les alentours de la chapelle et surtout le terrain en pente vers la mer. Pour cela, ils avaient dû emprunter et même créer des actions qui avaient été souscrites par les plus riches pénitents.

 

Aspect début XX avec une roue de cordelier

 

La chapelle Notre-Dame de Grâce et son esplanade ne furent cependant pas vendues car devenue sous la Révolution domaine national, c’est du haut du parvis des Pénitents Bleus que, le 14 juillet 1790, le Maire Besson et après lui tous les magistrats et notables de La Ciotat prêtèrent le serment solennel de " fidélité à la Nation, au Roi et à la Loi ". Après avoir donc servi de bureau électoral des assemblées primaires, elle fut ensuite utilisée comme lieu de réunion pour les Sections puis, pour celles de la garde nationale, les élections communales, ou la fête de la Fédération… Et ce cadre, autrefois si riche, allait être rapidement dépouillé…

Transformée en salle de spectacle, en Temple de la Déesse Raison où trônait Misé Targeo, dégarnie de toutes ses parures, des « argenteries » de ses boiseries, voire même du plomb de sa toiture avec lequel Bonaparte fit faire, en 1793, 20.000 projectiles destinés aux Anglais qu'il assiégeait dans Toulon, la Chapelle des Pénitents se retrouva, après avoir servi de caserne, en 1805, entre les mains des administrateurs de l'Hospice civil de La Ciotat.

Un état descriptif de janvier 1806, lors d'une mise aux enchères du bâtiment dit " la chapelle N.-D. de Grâce se compose de deux édifices se joignant à angle droit. Le plus petit, ancienne chapelle, a 16 m de long et 8 m de large, dont le couvert (toit) est en ruines. Le plus grand a 46 m de long sur 9 de large, les murs sont en bon état, avec le couvert, mais les poutres du dôme sont emportées par le vent. La chapelle vieille est estimée 60 F, la neuve 200 F. On pourrait avec quelques réparations en faire une caserne pour y loger les troupes de passage ". Le 9 novembre 1807, la commission des Hospices déclara que l’édifice était en ruines et qu'il faudrait plus de 2.000 F pour le consolider et qu’elle ne donc pouvait pas accepter cette donation…

 

Le Dôme octogonal

 

En 1819, les éléments dispersés des anciennes confréries se reconstituèrent en vertu d'une ordonnance archi-épiscopale, sous l'habit des Pénitents Blancs cette fois et l’invocation de la Vierge de Grâce. La nouvelle confrérie se réunit tout d'abord dans l'ancienne chapelle des Sœurs du Tiers-Ordre de Saint François de Paul, mais, dès le 23 janvier 1820, le Conseil Municipal émit un vœu favorable au projet d'aliénation par l'Hospice de l'église des Pénitents Bleus à la confrérie reconstituée. L'installation des Pénitents Blancs dans la chapelle des Bleus eut donc lieu deux ans plus tard. La Municipalité voulut, à cette occasion, donner un gage de sa sympathie à la confrérie, « digne par son but pieux et charitable d'encouragement et de secours, » et, dans sa séance du 6 mars 1822, le Conseil décida que « la cloche qui avait appartenu aux Pénitents Bleus serait rendue à sa première destination ». Mais au moment d'en effectuer la remise, toutes les recherches que l'on fit à travers la ville pour 1a retrouver, demeurèrent vaines. Pourtant, cette cloche, d’après ce que nous avons dit plus haut, aurait du être « officiellement » transportée à Marseille?…

Or, la cloche des Pénitents serait restée au fort Bérouard, car au moment de la Révolution, la cloche du fort étant fendue, la commune aurait décidé de la remplacer par celle des Pénitents… Mais, celle-ci étant trop grosse, n’aurait jamais pu entrer dans le campanile du fort… Si bien qu'en 1822, elle devait être encore enfermée dans un cachot du Fort. Après diverses tractations et revendications, on plaça donc dans la chapelle une cloche qui porte bien la date de 1781, mais qui, ayant toutes les apparences d’un bronze acquis d'occasion, ne semblait pas être la cloche initiale des Pénitents Bleus…

Entre-temps, la chapelle avait été rendue au culte depuis le 28 juillet 1822 :

« Les Frères ont été en procession à la Paroisse en chantant l’Ave Marie Stella, avec serpent. De là, précédés de la croix de la paroisse, accompagnés du clergé, suivis du Maire et du Conseil municipal et nombre de fonctionnaires publics, escortés par la Gendarmerie, ils sont revenus à leur chapelle ... Après la bénédiction de l'église par M. le Curé, annoncée par le son de la cloche et une salve de boëtes de 21 coups, l'église a été ouverte et livrée au public. Après la grand-messe, chant du « Domine salvum fac regem » et du Te Deum, suivi d'une salve de 21 coups et le soir, après la bénédiction du Saint Sacrement, il y eut un grand feu de joie et illumination de la porte et de la façade du côté de la mer. »

 

Porte principale          Fronton et parvis

 

Mais, pour mener à bien les restaurations de la chapelle, le Frère Dalmas emprunte de l'argent pour le compte de la confrérie et obtient un prêt de 3.000 F, dans lequel la chapelle est donnée en garantie... Ce fut une nouvelle catastrophe pour les Pénitents car Dalmas fait faillite en mai 1827 et ses biens sont saisis et, malgré qu'il n’ait été qu'un prête-nom dans le cadre de cet emprunt, la chapelle des Pénitents en fait partie. Le sieur Bayle, contrôleur des contributions directes, fait donc saisir la chapelle. Le 21 mars 1832, Dalmas se décida alors à passer vente de la chapelle au frère Augier, capitaine marin, pour le compte de la confrérie, pour 1.200 F. Les confrères durent aussi se cotiser pour rembourser les 3.000 F de l’emprunt et les intérêts...
Après la saisie de la chapelle, la Confrérie des Pénitents, après avoir tenté de subsister au travers de diverses formations chorales, au milieu du XIXème siècle, s'éteignit peu à peu.

La chapelle servit ensuite pour les cérémonies religieuses de la colonie italienne. Une note des journaux en décembre 1896 nous apprend que « par suite du mauvais temps du 7, une partie de la toiture de la chapelle s'est effondrée, sur 7 m de longueur environ ». Il fallut fermer l'édifice.

M. Grimaud, receveur buraliste, acheta une partie de l'ancienne chapelle qui fut transformée en remise. L'argent produit par la vente servit à payer la réparation de l'autre toiture qui fut terminée en 1899.

 

Esplanade du 8 Mai 1945

 

En 1919, la chapelle était encore décorée des tableaux suivants :

1) Sainte Anne enseignant la Sainte Vierge, donnée par le Frère Nicolas Marie Arnaud, maître-maçon.
2) Une nativité offerte par le Frère Louis Aillaud, prieur, le 8 septembre 1866.
3) Une nativité donnée par M. Bruchon, curé, le 4 décembre 1866.
5) Un tableau, don de M. Joseph Long, prieur, donné le 18 février 1844, jour de la plantation de la croix à l'île Verte.

En décembre 1924, M. le Curé Mialon, en prévision de la vente de la chapelle, fit enlever ces tableaux, la cloche et le maître-autel existant sous le dôme. Le tout fut déposé à la chapelle du Couvent du Saint-Nom de Jésus. En mars 1925, on vend donc la chapelle Notre-Dame de Grâce, pour 25.000 F À M. Carcassonne pour y établir un atelier de menuiserie et une scierie (une certaine émotion survint quand des ossements furent sortis lors des travaux de terrassements et de fouille lors de l’installation de l’atelier : ces pauvres morts étaient là depuis au moins 1776, date des dernières inhumations). Et, fin juillet 1925, on y bâtit une annexe pour servir de dépôt de bois.

En 1959, le dôme de la chapelle fut réparé et la toiture consolidée. La vieille chapelle, avec son axe nord-sud et qui avait été transformée en remise, devint le local de la Coopérative des Chantiers et un gymnase, et la chapelle plus récente fut transformée en garage des autocars de la ligne La Ciotat - Marseille.En 1960, la chapelle est rachetée par la ville pour en faire une salle de fête. Mais la nef, étant encore occupée par le garage des cars C.P.T.A., ne put être encore utilisée. La mairie installa donc des ateliers communaux dans l'annexe construite par M. Carcassonne.

 

Aspect en 1918          Aspect actuel

 

Par la suite, de gros travaux de restauration furent entrepris et la chapelle devint enfin la belle salle d’exposition que l’on connaît aujourd’hui. Les deux corps de bâtiment des deux chapelles successives sont encore aisément reconnaissables et le parvis aménagé en 1853, pour servir aux grandes fêtes populaires sous le nom de l'espace du "Grand-Bal", fut cimentée en 1922 et servit de cadre au "Théâtre de la Mer" de 1921 à 1924. Il fut enfin baptisée "Esplanade du 8 Mai 1945" en 1981.

Ainsi, la superbe façade de Notre-Dame de Grâce domine toujours cette esplanade et, sous ses micocouliers, des couples discrets se dissimulent encore, sans se soucier des deux pénitents qui continuent à tout voir, tout entendre et à prier pour racheter les péchés qui se commettent sous leurs yeux.

 

les deux pénitents

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