NOTRE DAME DE LA GARDE

 

La chapelle de Note Dame de la Garde

 

Au-dessus de la Cité, dominant la côte depuis les îles de Marseille jusqu'au cap Sicié, se dresse, à prés de quatre-vingt mètres au dessus de la mer, un à pic nommé « colline de la Roca Redona » sur le cadastre de 1462. C’est sur cette roche, que, vers 1543, fut transférée la vigie, jusqu’alors établie au Cap de l’Aigle, afin de mieux surveiller l’accès à la calanque de Figueroles. C’est ce qui lui valut de prendre le nom de Gardy (La Garde).

Un oratoire, entretenu et desservi par un ermite, existait déjà à cet endroit, depuis 1500 environ, à l'emplacement de la chapelle actuelle. La construction de cette dernière remonte au commencement du XVIIème siècle.

Après qu'une première chapelle de Notre-Dame de Grâce ait été mise, dans la cité, à la disposition de la riche et puissante Confrérie des Pénitents Bleus (dite « de Notre-Dame de Grâce », composée surtout de mariniers et navigateurs), celle-ci envisagea de construire un autre sanctuaire, en dehors de la ville, une chapelle « rurale » en quelque sorte.

Aussi, le dimanche 4 avril 1610, jour des Rameaux, les Pénitents Bleus plantèrent une Croix, à côté de la vigie, à l’endroit où l’on édifiera la chapelle dite de Notre-Dame de la Garde, placée sous le vocable de la Conception et fêtée le 8 décembre, communément appelée « la Gardi ».

 

Mention de la Chapelle sur un Portulan de 1764

 

Commencée le lundi 6 juin 1610, la chapelle sera bénite par Messire Prépaud, curé de La Ciotat, (on disait alors vicaire) le 28 octobre 1613. Autour de 1650, la chapelle et le poste de Vigie semblent ne faire qu'un : un gardien y est affecté en permanence. On trouve en effet dans les archives communales: « A André Arnaud, garde maritime à Notre-Dame de la Garde, à l'occasion de l'armée espagnole, pour un mois de gages : 10 livres… ». Mais les actes de dévotions vont se multiplier : Le 3 juin 1673, une dame de Marseille, Jeanne Michel, mariée à La Ciotat, lègue une somme de 200 livres aux Pénitents Bleus, à la condition que ceux-ci feraient célébrer 20 messes par an aux intentions de la Donatrice, «dans le sanctuaire de N- D de la Garde qu'ils avaient construit ».

La Vierge dédiée à l'Immaculée-Conception est protectrice de La Ciotat et, en 1713, la chapelle devient fameuse par les vœux que les gens de mer y accomplissent. Elle reçoit plusieurs fois la visite de Mgr de Belzunce après la peste de 1720. Un ermite dessert alors la plupart des chapelles rurales de la région, mais on parle de Notre-Dame de la Garde comme « d'un ermitage auquel les marins ont grande dévotion » (1787).

Jusqu'en 1789, chacune des communautés religieuses, des nombreuses corporations et confréries établies à La Ciotat avait son pèlerinage annuel à Notre-Dame de la Garde.

 

ND de La Garde Protectrice de la Ville (Gravure XIXè)

 

A la Révolution, la vente des biens ecclésiastiques est décidée et la chapelle est comprise dans l'inventaire.. Par délibération du 3 octobre 1790, les officiers municipaux déclarent vouloir acheter «…la chapelle de Notre-Dame de la Garde, bâtiment avec terrasse sur la mer, une citerne couverte (74 cannes, 3 pans carrés) plus un terrain de 31 cannes de long situé au sommet de la montagne des signaux dite « La Vedette ». (la canne faisait environ 2 mètres et le pan, 1/ 8ème de la canne). Aussi, le 13 avril 1793, malgré les risques de la démarche, les marins ciotadens adressent au District une pétition demandant la conservation de la chapelle de Notre-Dame de la Garde. Pourtant, la chapelle sera adjugée, le 28 septembre 1796, pour 306 livres à Jean-François Bonnaud de La Ciotat

Le Concordat de 1801, entre Bonaparte et le pape Pie VII, rétablit le culte et M. Gardon, curé de La Ciotat, loue la chapelle en 1805, à M. Bonnaud, pour neuf ans, au prix de 27 francs par an. En 1821, Mgr Eugène de Mazenod clôture, à Notre-Dame de la Garde, la Grande Mission prêchée par les religieux qu'il avait fondée : les Oblats de Marie Immaculée et, en184l, l'abbé Guion, prédicateur célèbre, y prêche une retraite de quarante jours. « Jamais, dit un narrateur, notre paroisse n'avait offert un plus remarquable spectacle. Plus de deux mille personnes se pressaient au pied de la chaire sacrée…» Pour clôturer cette retraite, on organisa des fêtes qui durèrent trois jours pendant lesquels la ville de La Ciotat fut consacrée à Notre-Dame de la Garde. La même année, M. le curé Brunet rachète la chapelle à la famille Bonnaud et en fera don à la Fabrique de la Paroisse par testament du 25 juin 1869.

 

ND de La Garde: Statue et chapelle en fond (gravure XVIIIè)

 

Objet de ferveur de la part des ciotadens, bourgeois, commerçants, pêcheurs et marins confondus, la chapelle recevra tout au long du XIXème siècle des ex-voto et des maquettes de navires (visibles au Musée), etc., témoignant des intercessions miraculeuses de la Vierge de la Garde en faveur des sinistrés, accidentés, naufragés et malades… (voir page ICI)..

Par exemple : le 25 février 1861, le « Saint-Joseph », de La Ciotat, fut assailli par une tempête furieuse qui l'emporta au large, sans gouvernail. Mourant de froid et de faim, l'équipage, composé du patron Durbec, des deux frères Camoin, matelots, et du mousse Mantel Simon, fit vœu de monter pieds nus à Notre-Dame de la Garde s'il avait la vie sauve. Trois jours après, ils étaient recueillis par un klipper norvégien, le « Léda », commandé par le capitaine Gundersen, qui les conduisit jusqu'à Mahon (des Baléares.) d'où ils furent rapatriés par les soins du consul français. Ils arrivent à La Ciotat le 17 mars et, le lendemain, vont s'acquitter de leur promesse lors d’une procession qui réunit tous les corps constitués, congrégations et confréries de la ville.

 

Procession en 1907

 

De 1864 à 1866, M. le Curé Bruchon fit complètement restaurer la chapelle et construire le grand porche. On accède alors à Notre-Dame de la Garde par 45 marches, en souvenir des 45 invocations des Litanies de Lorette et par le porche surmonté d'une statue de la Vierge en terre cuite. Cet avant-corps servait d'abri aux pèlerins.

Cette réhabilitation réunit une foule de bonnes volontés et de donateurs :
- une quête, faite en ville par le Frère ermite Louis de Gonzague, rapporta prés de 1500 francs,
- un artiste marseillais, M. Tartas, décora gratuitement le sanctuaire,
- le capitaine Marin Peyron fit réparer et repeindre l'intérieur de la chapelle,
- les congréganistes de la Très Sainte Vierge offrirent la statue et les vases qui ornaient le porche,
- les Messageries Impériales donnèrent les chaises et les bancs,
- les habitants de la rue Ganteaume, des fleurs et des candélabres,
- enfin, les patrons pêcheurs firent redorer la statue.
Enfin, un chemin de croix, peint par M. Gardet, fut béni et inauguré solennellement.

 

La chapelle en 1904

 

En juillet 1884, les habitants de La Ciotat allèrent encore supplier Notre-Dame de la Garde pour obtenir la cessation du choléra qui désolait la région. La Ciotat fut préservée du fléau et ses habitants remontèrent en pèlerinage d'actions de grâces.

Et jusqu'en 1903, chaque quartier faisait célébrer une messe spéciale de reconnaissance chaque année.

Au moment de la Loi sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat, en 1906, la chapelle devient propriété communale, mais restera affectée au culte.

En forme de croix latine, orientée Est-Ouest et adossée au rocher, la chapelle mesure 22 mètres dans sa plus grande longueur, 5,50 m. de largeur dans la nef et 10 mètres au niveau des bras de la croix. Un corps de bâtiment, contre la chapelle, composé de plusieurs pièces, contient la sacristie et un logement avec citerne où habite un ermite préposé à la garde du pèlerinage et un gardien en période de guerre.

 

Statue de la Vierge     Intérieur de la Chapelle

 

Une statue de la Vierge en bois de chêne doré était installée sur le maître autel en marbre de Carare. Cette statue proviendrait d'un don des Pénitents Bleus en 1630. Très vénérée, elle fut descendue après la Révolution, une nuit de février 1794, jusqu'à Figuerolles. Embarquée et dissimulée sous les filets d’un bateau de pêche, elle fut transportée jusqu’à La Ciotat où elle fut cachée dans une maison. Elle retrouva sa place après le Concordat. Encore menacée à l’époque des Inventaires en 1906, elle fut, dans la nuit du 16 décembre, subtilisée et remplacée par une copie par trois membres du Cercle Catholique… Elle sera réinstallée dans la chapelle en décembre 1907. La Vierge tient Jésus sur le bras gauche. Dans la main droite, qui portait avant un simple bouquet de lis et de roses, les fidèles de La Ciotat placent, aux jours de fête, un sceptre d'or, véritable chef-d'œuvre de ciselure de l'orfèvre marseillais Jules Mouret.

Les Pénitents Bleus offrirent à la chapelle une première cloche en 1628. Elle était faite d’un alliage de cuivre et de l'argent provenant d’écus donnés par les Prieurs des Pénitents Bleus de l'époque, dont la cloche portait les noms gravés. Volée en 1907, elle fut remplacée par une cloche qui appartenait au couvent des Sœurs du Saint Nom-de-Jésus faite de 60 kilos de bronze et 43 kilos de fonte.

Déjà fortement dégradée par l’air salin et un incendie affectant sa toiture, la chapelle fut extérieurement restaurée en 1957 par la municipalité et la paroisse prit en charge la réfection intérieure, grâce au produit de kermesses et à une souscription publique. Les Chantiers Navals de La Ciotat prirent en charge l’électrification, l'atelier d'apprentissage des C.N.C. confectionna la parure d'autel (croix et chandeliers) et la rampe autour de l'autel fut façonnée par les élèves des Magnanarelles.La cérémonie d'inauguration eut lieu le soir de Pentecôte, le 25 mai 1958. Ce lieu de pèlerinage traditionnel continuera alors d'être visité lors des communions solennelles et des fêtes religieuses importantes.

Plus récemment, afin de préserver au mieux cet édifice, une « Association des Amis de la Chapelle » a été créée pour promouvoir l’image du monument et militer en faveur de sa restauration. Ainsi, après des travaux de réfection de la toiture et du dallage, une seconde phase de travaux a été entamée, portant sur les marches du chemin d'accès et, récemment , les façades ont été refaites. Mais d'autres restaurations seront encore nécessaires pour que ce concentré emblématique d’histoire religieuse et populaire, puisse encore longtemps monter sa garde bienveillante sur les hauteurs de la ville.


Procession 1896

 

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