NOTRE DAME DE BON VOYAGE

 

Des Capucins à "La Licorne : Voici l’histoire d’un bâtiment qui, depuis toujours, fut un lieu de protection et de soins...


Capucin Ermite

 

On raconte souvent que: « depuis les temps immémoriaux, les gens de mer venaient déposer des présents dans une chapelle du quartier de la Granega (Les Granges), situé au bord du golfe, au pied d'une statue en bois réputée miraculeuse représentant une Vierge nommée « Notre Dame de Bon Voyage ».

Au début du XVIème siècle, on y adjoignit une tour de guet : la tour des Capucins (considérée comme le plus ancien monument existant aujourd’hui à la Ciotat d’après Achard : Dictionnaire Historique de Provence) afin de repérer les pirates et corsaires barbaresques qui pullulaient à cette époque où le commerce maritime était prospère et les petites localités bien mal défendues...

Située à quatre cents mètres seulement de La porte Réale, cette tour se dressait fièrement au milieu des pins et en 1520, on y plaça une cloche pour sonner l'alarme en cas d'invasion. D'autre part, les plus anciens registres de délibération de 1a Communauté, conservés aux archives municipales, indiquent que déjà, le 31 août 1550, les Conseillers du bourg avaient décidé d'acheter un quartier de terre à Nicolas Melasson pour faire aménager une place devant la dite chapelle. Un ermite, à partir de 1550, y assurera un service religieux et une Confrérie de « Nostre-Dame de Bon Voyage » s’y réunissait déjà en 1572.

Après que le bourg de La Ciotat se soit détaché de Ceyreste, il fallut trouver un clergé pour la nouvelle cité. Aussi, en avril 1605, après délibération des consuls et à leur demande, des Capucins vinrent prendre possession de l’antique chapelle de Notre Dame du Bon Voyage, sous l’épiscopat de l'évêque de Marseille : Jacques Turricella.

Les Capucins, ordre mendiant venu d'Italie au XVIème siècle, menaient une vie de pénitents. Leur nom provient de l'habit qu'ils portaient, fait d'étoffe rude et surmonté d'un capuchon pointu. Ils étaient les seuls à avoir le droit de rendre visite aux malades isolés en temps de peste. D'ailleurs, beaucoup moururent de ce mal, ce qu'ils considéraient comme un privilège...


Tour et chapelle des Capucins


7 pères Capucins et 5 frères, s'installèrent donc au départ dans la tour, puis dans le couvent construit grâce aux libéralités d’Antoine Gaymard (lequel fondera également l'hôpital en 1617) qui offrit « de faire le fondement des murailles du couvent jusques à sept pans d'haulteur… » et à d’autres notables, dont Pierre Brémond et Antoine Martin, qui s'étaient proposés de réunir l500 livres d'aumônes pour édifier le quart de l'édifice.

La Communauté fit ensuite le reste. Les pierres payées par l'argent des aumônes étaient charriées par les femmes! Trois ans après, une statue de marbre sculptée à Gènes remplacera, au-dessus de la porte, l'antique vierge de bois (une statue de pierre, portant l’inscription « Notre-Dame de Bon voyage », est exposée Musée Ciotaden et provient probablement de cette chapelle…). La chapelle sera définitivement consacrée par l’évêque Turricella en 1616.

Les Capucins étaient, par leur dévouement, leur modestie et leur abnégation très appréciés de la population. Ils eurent à lutter contre la grande sécheresse de 1609 et organisèrent à cette occasion, pendant neuf nuits, des processions, relayés par les enfants, les filles, puis les jeunes hommes, jusqu'à ce qu'enfin, la pluie arrive. Mêmes processions lors de la peste de 1650, qui fit 136 victimes, dont nombre de ces religieux dévoués aux soins des malades... On dit aussi qu'ils auraient construit un souterrain qui reliait la chapelle à la campagne (en cas d’invasion ?)...

Après la Révolution, le couvent ferma en 1790, et la municipalité confia les 1272 volumes de la bibliothèque des religieux au district. Les trois capucins qui restaient alors au couvent étaient très populaires, et sur proposition du maire Bresson, il sera délibéré à l'unanimité que "ce couvent des Capucins est sans doute celui du département qu'il convient le mieux de laisser exister". Le couvent et ses dépendances seront pourtant vendus...

 

Le quartier  des capucins fin XIXème

 

C'est Antoine Boucherie, gérant des Associés de la Manufacture des sucres terrés (sic), et négociant à La Nouvelle Orléans, qui achète, en 1791, le jardin et son puits, la maison, la cour, l'écurie et le grenier à foin ainsi que l'église qui deviendra un atelier. La chapelle servira, elle, d’entrepôt et d'atelier, notamment pour un fondeur qui travailla pour Bonaparte.

Après quelques changements de propriétaires (François Benet en 1824, et Jean-François Jaubert, officier retraité en 1830), au XIXème siècle, la bâtisse face à laquelle un casino et des établissements de bains s'installèrent, avait bonne réputation: le marquis de Montalembert (1799-1887) racontait volontiers qu'il devait la prolongation de son existence au bon air de La Ciotat, où il passa plusieurs hivers, vers 1840, dans la résidence dite « des Capucins ». Il y était venu sur les conseils de son cousin qui lui avait écrit : "...acceptez sans hésitation ! Quand les moines choisissent un point pour y bâtir un couvent, c'est toujours le meilleur de la localité !".

En 1912, "La Compagnie du Service Maritime des Messageries Maritimes" achète les restes du couvent pour y établir les appartements du directeur des chantiers. On baptise cette villa du nom de " La petite Licorne " en référence à l'emblème des Messageries encore visible au-dessus d’une porte, non loin de la traverse de l’abreuvoir.. On comprend, dès lors, que la clinique qui s’installera dans cet ancien couvent ait pris le nom de « La Licorne » et que l’établissement de thalassothérapie attenant ait pris celui de « Notre-Dame de Bon Voyage ».


Armoiries des Messageries

Retour          Haut