LA VIHADO - LA VEILLÉE

Jusqu’à la première moitié du XVIIème siècle, l’éclairage public n’existait pas à La Ciotat. Le soir venu, on voyait bien, de-ci, de-là, derrière la porte vitrée des boutiques de cordonnier, pointiller la lueur blafarde d’une petite lampe noyée par le globe d’eau traditionnel. Mais le reste était noir comme un four éteint et les ménagères, pour s’en aller, le samedi soir, « acheter le bouilli », se munissaient du fanal quadrangulaire..
En ces temps d’obscure mémoire, on ne sortait guère, passé le couvre-feu. Les gardiens des portes de Cassis, de Marseille, de la Tasse et des Fainéants cadenassaient les portes et on se couchait tôt. On ne connaissait ni les cercles ni les cafés qui, de toute façon, fermaient au souper. Les seules distractions nocturnes se réduisaient à la Pastorale autour de Noël et à de très rares représentations théâtrales, rue du Rocher.

Mais le besoin de converser et d’échanger était le plus fort, il restait donc, comme interlocuteurs privilégiés « Leïs Vésin» : les voisins ! Aussi, vers les sept heures et demi du soir, la mère, après avoir fait lestement enlever le couvert par les enfants, donnait le signal :

« Anèn fa la vihado » « Allons faire la veillée ! »

On couvrait bien les enfants, l’homme prenait sa roulière, la femme sa pelisse et on allait vite battre le marteau de la porte voisine. Quand le froid était trop vif, on préférait se blottir en rangs serrés dans les nombreux moulins à huile, rue de la Crotte, rue Ste-Anne, place Vierge de Grâce…, où l’on se chauffait devant les « grignons » embrasés, autour de la poêle où se doraient à plaisir « leïs vougneto » (les beignets) dans des flots d’huile nouvelle.

Il faisait bon, du moulin, écouter tous les récits, à l’abri des rafales du mistral ou de la pluie qui fouettait les vitres. Certains avaient connu la Révolution, d’autre la guerre, les récits de voyage émerveillaient l’assemblée, l’expérience des plus vieux modelait, sans la brider, l’impétuosité et l’ambition des plus jeunes, le souvenir des coutumes et des traditions se perpétuait, on parlait enfin des banalités de la vie, on colportait les derniers ragots…

Sitôt la veillée terminée, on voyait chacun s’en retourner, les enfants pendus à la jupe maternelle, dormant debout ou marchant endormis pour rattraper le temps perdu, car on ne dormait pas beaucoup à la vihado !
Mais ces réunions, laminées par le progrès et les comportements sociaux, se firent de plus en plus rares à la moitié du siècle dernier, et, à de trés rares exceptions prés, ont aujourd’hui disparu…

La soif de communiquer a été remplacée par le « cellulaire », le « chat » et les « sms », sans oublier « internet » qui nous permet aujourd’hui de vous rappeler, que c’est lors de ces moments privilégiés, encore présents dans la mémoire de quelques anciens, que se transmirent les plus belles histoires, les contes les plus fabuleux et que se forgèrent toutes ces légendes que l’on peut ici vous rapporter...

 

 

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