TREMBLEMENT DE TERRE Á LA CIOTAT

Mercredi 23 février 1887 : (notes de M. Chateigner - Bulletin Démocratique N° 82 p 2)

« 6 h du matin venaient de sonner à la ville, lorsqu’on a ressenti les 2 secousses successives et très prononcées d’un tremblement de terre. Elles ont duré quelques secondes. « J’ai été ballotté dans mon lit comme dans un wagon de chemin de fer !» Diront certains... (Ce n’était pas l’époque du TGV !!) Une autre secousse, plus légère, a eu lieu quelques minutes après. Les secousses ont été horizontales. Des pendules se sont arrêtées et des batteries de cuisine ont été fortement secouées. On cite des personnes qui ont, dès les premières secousses, sauté au bas du lit. Il y a eu panique. Il paraît qu’à la Cité, on n’aurait rien ressenti…»

Aucune répercussion sur le plan maritime et ni aucun dégât matériel majeur ne fut rapporté, en dehors de quelques nouvelles fissures venues s’ajouter aux frontons des plus anciens monuments.

 

Ces constatations amènent à évoquer les divers récits légendaires concernant la disparition de la cité antique de Tauroentum (voir la légende), lors d’un terrible séisme doublé d’une sorte de « Tsunami ». Très dramatiquement raconté par divers auteurs, la catastrophe aurait eu lieu en 300 av-JC. Tauroentum aurait été une cité riche et prospère qui occupait la baie des Lecques (où l’on peut encore voir les ruines d’une villa) et de La Ciotat, le littoral étant alors fixé au versant nord de l’île verte, encore rattachée au continent.

A cette vision très interprétative des faits, les scientifiques ont apportés leurs lumières quand au véritable scénario et l’Orogénèse (étude du processus aboutissant à la formation des reliefs) est venue, par ses acquis les plus récents, rétablir une vérité bien moins cataclysmique !

 

Vitesse et direction de la plaque

 

De part sa situation, la région PACA est cependant soumise aux risques naturels tels que : glissements de terrain et tremblements de terre. La collision entre les plaques tectoniques Afrique et Eurasie qui se déplacent au rythme de 0.6cm/an provoque une compression en limite de plaques, entraînant une surrection (à l’origine de la formation des Alpes).

Convergence et surrection des plaques

La Ciotat a donc connu un riche passé géologique avec une activité tectonique et érosive importante prouvée par la formation des « poudingues », qui constituent les 3 Secs et l’Île Verte, et dont témoignent également ses strates argilo-calcaires qui « plongent » dans la rade. Elle est placée au Sud de la célèbre faille qui se distingua lors du grand tremblement de terre de Lambesc en 1919.

 

Activité sismique en France

 

OROGENESE de LA BAIE des ANGES

Sur un vieux socle de plus de 600 millions d'années, envahi par la mer, s'est déposé du matériel détritique (sables, argiles, quartz et des restes de graptolites), il y a 440 millions d'années.

Puis, émerge de l'océan, le continent pyréno-corso-sarde lors d'une période de convergence de plaques au cours de la formation de la chaîne hercynienne (à l’ère primaire) qui subit, avec sa couverture sédimentaire, une érosion intense, il y a environ 400 millions d'années.

Après, se déposent des sédiments : charbonneux au Carbonifère, détritiques (grès) et lagunaires (grès bigarrés, calcaires et marnes à gypse) au Permien et au Trias. Ils constitueront le tégument, solidaire du socle.

Les galets des poudingues auraient été alors transportés, il y a plus de 90 millions d'années par un torrent provenant du Sud-Sud-Est. (Curieuse coïncidence que l’Ile Verte ait été appelée un temps, plusieurs millénaires plus tard, l'Ile "Torrenti" : l’île du Torrent !)

 

Les "Poudingues"

 

Se succèdent ensuite plusieurs cycles sédimentaires marins au cours desquels se forment les calcaires jurassiques et crétacés qui formeront la couverture. Elle sera plissée et décollée par les mouvements pyrénéo-provençaux, il y a entre 30 et 35 millions d'années, à la fin de l'Eocène (ère tertiaire, lors de la formation de la chaîne alpine). A l'Oligocène-Miocène, le vieux massif pyrénéo-corso-sarde s'effondre et, au Miocène, s'ouvre enfin la Méditerranée.

Au Quaternaire, la Provence bascule vers l'ouest, la mer envahit les synclinaux (plis concaves vers le haut, « creux »), formant les golfes de l'étang de Berre, de Marseille, de La Ciotat et de Bandol. Les variations du niveau marin provoquent, lors des régressions (retrait de la mer) , le creusement des vallées, des calanques de Cassis et lors des transgressions (avancée de la mer), la régularisation des côtes.

 

Effets de l'érosion

 

La Provence fait alors partie du domaine périglaciaire et sera donc soumise à une érosion intense qui entraîne les dépôts de nappes de cailloutis et d'argiles. L’activité de la pluie et du vent viendra alors façonner les reliefs que nous apercevons aujourd’hui.

Telle est la version scientifique, bien moins dramatique et chaotique que celle de la légende aux allures de « Pompéï ciotadenne »!

Mais on peut toujours rêver…


 

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