TAUROENTUM et LE BŒUF MARIN 

Il était étonnant que le curieux ensemble géologique que forment les Trois Secs et l’île Verte n’ait rien laissé comme légende… On peut cependant lui rapprocher celle qui naquit de la présence, aux Lecques, des ruines d’une villa antique de l’autre côté de la baie : celle de...

TAUROENTUM, la ville du Taureau.

 

L’emplacement précis de cette cité étant méconnu, cette légende fut reprise aussi bien par les pêcheurs de la Cadière (qui fondèrent les Lecques) que par les Ciotadens, leurs voisins, et a été racontée par divers auteurs (dont Mgr Ricard dans ses Récits de veillées ciotadennes).

 

L'antique Tauroentum

 

Il y est dit qu’autrefois, 500 ans avant notre ère, bien avant les Romains, des Grecs venus de Crête, vinrent aborder sur la grande plage des Lecques. La galère amirale portait à la proue la tête sculptée d’un taureau, effigie du Dieu Crétois… Ces marins décidèrent de fonder là une ville qu’ils nommèrent en l’honneur de leur divinité : "Tauroïs", Tauroentum en latin. La cité devint riche et prospère. Elle occupait presque toute la baie actuelle, le littoral étant fixé au versant nord de l’île verte qui était alors rattachée au continent.

 

Le séisme de Tauroentum

 

Mais quel sacrilège irrita à ce point le Dieu de la Mer pour qu’il déchaîne une nuit sa colère sur la malheureuse citée? La légende ne nous le dit pas, mais rapporte les grondements souterrains, les tremblements de terre, et, surtout, la fureur de la mer qui, dans un énorme raz de marée, emporta remparts, maisons et monuments!

 

Comme Pompeï...

 

La catastrophe aurait eu lieu en 300 av-JC. Des vagues gigantesques déferlèrent en culbutant les portiques et les colonnades dans un énorme grondement…Le port se retrouva enfoui sous des tonnes de sable. La mer, en une nuit, engloutit Tauroentum. L’île Verte se retrouva séparée du continent, des effondrements affectèrent la nouvelle côte façonnant les reliefs chaotiques des Trois Secs.

 

Effets de l'érosion

 

Tauroentum, « Torento », comme on dit en provençal, disparut de la mémoire des hommes..

Sauf de celle des pêcheurs de la rade qui, lorsque la mer est belle et calme, affirment toujours voir au fond de l’eau, entre les algues, esquissé entre les roches, le tracé des rues de l’antique citée. D’autant que leurs filets ramènent souvent des poteries et des amphores.., autant de preuves tangibles de ce qu’ils avancent. D’autres prétendent aussi qu’un navire a fait naufrage dans la rade et que sa proue, figurant un animal fabuleux, apparaît à certains moments entre les eaux…

On raconte enfin qu’un bœuf fantastique et énorme sort de la mer, les soirs d’automne, pour venir dévorer les raisins des vignobles du littoral (peut-être ce Dieu qui ornait la proue de la galère Crétoise ?). En tous cas, ce serait un amateur averti d’excellents cépages, venant grossir les rangs des sangliers, pies et autres corneilles!

Quoi qu’il en soit, sitôt les premières fouilles entreprises, dés 1782, sur le site archéologique de la villa des Lecques, les paysans, guidés par de prétendus devins, bouleversèrent les ruines pour y chercher des trésors fabuleux. Régulièrement déçus, ils considéraient cependant comme de puissants talismans les quelques médailles retrouvées et les gardaient précieusement, croyant ainsi conserver la bonne fortune qui y était attachée..

Cette légende, à l’instar de celle d’Ys, vient à nouveau rappeler à l’homme sa précarité face à la puissance des éléments. Il se peut qu’elle ait tiré sa substance des évènements, bien réels ceux-là, qui affectèrent Pompéï.., mais elle a du surtout être alimentée par l’aspect curieux et pittoresque du relief de notre côte qui témoigne de l’activité sismique et tectonique de nos régions. (Voir à ce sujet la fiche : un tremblement de terre à La Ciotat.)

 

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