LES SOURCES MIRACULEUSES

 

 

LA SOURCE DE FONTSAINTE

« A une demi-lieue de La Ciotat, sur le bord de mer, il y a une source abondante nommée Font-Sainte, que le peuple a regardé longtemps comme miraculeuse ». (Louis Marin.)

 

 

Cette source était intermittente et provenait sans doute d’une grotte à réservoir et siphon qui se remplissait et se vidait à intervalles réguliers. Elle coulait non loin des ruines de ce qui fut, il y a bien longtemps, un vaste et beau monastère occupé par des nones et qui fut fondé par un certain « Abbé Cassien ».

En ce temps là, les Maures avaient résolu de s’établir les côtes de la Provence, ce qui leur permettait d’intercepter les communications entre la Gaule et l’Italie et d’exercer la piraterie pour piller et rançonner. L’un d’eux, avisant notre rade, l’explora avec précaution, s’y établit sous un faux nom et étudia longtemps le moyen d’y faire venir ses compatriotes.

Un soir d’automne, quand il fût prêt, il appela les barques croisières qui attendaient son signal et des Maures débarquèrent en se glissant, comme des ombres, à travers les rochers, jusqu’au monastère des Cassianites. Pénétrant dans leur église, ils se précipitèrent sur les nones et les tuèrent toutes. Depuis, chaque année, au soir anniversaire du massacre, les pauvres martyres revenaient, dit la légende, reprendre leurs cantiques interrompus.

Vers l’an 800, poursuivait le récit, les eaux de la source se mirent à bouillonner avec une telle violence que les habitants du lieu se réveillèrent en sursaut. Il était temps, car les Sarrasins s’apprêtaient encore à envahir la ville et purent être repoussés. Pour se garantir contre de telles agressions, les habitants fortifièrent toutes les positions favorables. Une vigie fut établie sur le cap de l’Aigle. La Ciotat et Ceyreste en fournissaient les sentinelles à tour de rôle.

Mais, au XIV° siècle, un ermite, qui dit se nommer, Frère Cassien, s’établit dans la chapelle édifiée près de la source et vendit son eau miraculeuse. Son vrai nom, nul ne l’a jamais su. Tout ce qu’il est possible de deviner de son éducation et de son passé, c’est qu’il avait dû naître dans l’opulence et occuper une haute position dans la société, tant ses manières étaient distinguées, son savoir étendu et son langage poli. Les enfants l’aimaient. Il savait de si jolies histoires et les contait si bien ! Surtout celle des ruines du monastère prés desquelles il s’était installé !


Dès lors, Ciotadens et Ceyrestens se relâchèrent dans leur garde, car, ils savaient que l’ermite veillait toutes les nuits à leur sécurité, prés de la cloche de la chapelle qui donnait l’alarme à la moindre menace.
Mais, un soir, Frère Cassien, lourdement endormi, n’entendit pas la venue de barques sarrasines. Les voilà qui s’approchent avec précaution pour mettre à mort ce gardien trop zélé.

Tout à coup, la source se mit à bruire avec un fracas de tonnerre, s’élevant à gros bouillons hors de sa petite cuvette, tant et si bien que l’Ermite se réveilla à temps pour sonner l’alerte et s’enfuir en emportant avec lui sa cloche à travers champs. Frère Cassien put ainsi échapper aux pirates, tandis que les paysans se réfugiaient à l’intérieur des remparts de La Ciotat ou de la citadelle de Ceyreste.

 

Depuis, le prodige se renouvela plusieurs fois, disent les vieilles traditions, et le pèlerinage à la Fontaine Sainte devint prospère : les hommes venaient y demander la fécondité de leur terres, les femmes, la fécondité tout court et on prétendait qu’elle avait surtout le pouvoir de soigner les malvoyants...

Jusqu’à ce que frère Cassien, meure, chargé d’ans et de mérites. Les aumônes abondantes que recevait le saint homme tentèrent les Pères Servites d'Aix. Ils demandèrent au Cardinal Jules de Médicis, abbé de Saint-Victor, la concession de cette chapelle et du terrain avoisinant, arguant que l'ermite qui habitait ces lieux, portait le même habit qu’eux. Le Cardinal cédant à leurs instances, ils vinrent s'établir en 1621... En vendant des scapulaires et de l'eau, ils purent bientôt bâtir un magnifique réservoir autour de la fontaine, une église, un couvent et acheter plusieurs domaines.

Les pères gardaient la tombe vénérée de Frère Cassien, et, lorsque, en 1693, ils quittèrent les lieux pour s’établir au Jardin des Noirs en centre-ville, ils emportèrent les reliques avec eux et les déposèrent dans leur chapelle. (La tombe n’est plus reconnaissable après les révolutions subies par l’antique chapelle des Pénitents Noirs, devenue aujourd’hui, chapelle de Sainte-Anne.)

On dit que les miracles causés par l’eau de Fontsainte se poursuivirent jusque vers 1720. Puis la foi se perdit et les Servîtes quittèrent définitivement l’endroit.

 

L'entrée de la source

 

Entre la route et la mer, on pouvait voir, jusqu'en 1939, dans le quartier de Fontsainte les ruines du couvent, de la chapelle et de la fameuse source. C'était une excavation rectangulaire, aux parois de grosses pierres maçonnées et moussues. On pouvait descendre au niveau de l'eau par quelques marches. (Le Musée Ciotaden en conserve quelques plans et photos et la curieuse pierre qui en marquait l’entrée). Ces quelques restes furent détruits en 1944 et seule la source abandonnée existe encore aujourd’hui dans une propriété privée.


LA SOURCE DU PRE

 


Autrefois située à l’Anse du Pré, aujourd’hui disparue, c’était une grande prairie naturelle arrosée par une source qui fut englobée dans les terrains des Chantiers navals à l’emplacement approximatif du grand parking derrière la Mairie actuelle.

Un manuscrit de 1735 dit à son sujet : « Les habitants de La Ciotat se vantent que la source du Pré ait une vertu particulière. Quand un étranger a bu une fois de cette eau au pied de la fontaine, il faut absolument qu'il demeure et s'établisse dans cette ville ».

Cette tradition est encore vivante et l'on dit volontiers, lorsque un étranger se fixe à La Ciotat :

« A begu l'aîgo doù Prat »
« Il a bu l’eau du Pré »

bien que la source ait aujourd’hui disparu et qu’il y ait bien d’autres attraits à La Ciotat qui séduisent de nouveaux arrivants !

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