L'ATTAQUE DES PIRATES

C’est aux environs de l’an 1000, alors que La Ciotat et Ceyreste ne faisaient qu’un, que l’on site volontiers cette légendaire affaire qui doit avoir pour base un évènement tout à fait réel.

Casque mauresque

LA LEGENDE


" Lei Maure ! Lei Maure !" Dévalant les rues étroites et tortueuses du village, le cri cent fois répété frappait à toutes les portes, des riches et des pauvres ! "Lei Maure !!" Le cri angoissé, souligné par le tintement lancinant du Tocsin que le clocher répandait sur toute la campagne et les collines environnantes, annonçait à tous qu’un terrible danger les menaçait..

Les Maures ! C’était eux, les marchands d’esclaves, les terribles Razzieurs ! C’était une bande de ces pirates qui tentait le coup de main et convergeait vers ce creux de colline où tintait le bronze de la cloche ! Incendiant au passage quelques bastides isolées, ils montaient vers le village qui, derrière ses remparts, portes fermées, attendait son heure…

 

Oppidum        Enceinte d'un oppidum

 

D’où venait cette horde sauvage lancée à la curée ? Sur quelle plage avaient-ils échoué leurs Chebecs, ces navires bondissant à la vague ? Nul n’en a jamais parlé… La tour de guet du Marri-Mounié, là haut sur la crête, était en feu, sûrement en répression d’avoir donné l’alerte et les pirates maintenant se ruaient sur Ceyreste…

La grêle de projectiles qui arrêta leur assaut leur fit rapidement comprendre qu’un village résolu, n’est pas une simple tour de guet mal défendue ! Ils savaient qu’ils ne pouvaient pas s’éterniser aux pieds des murailles. Ils n’étaient pas comme les Sarrasins qui montèrent à Poitiers. Eux, n’étaient que des pirates venus de la mer, ils étaient à pieds, sans chevaux et déjà fort éloignés de leurs navires. Ils risquaient de voir surgir à tout moment des renforts aux assiégés. Alors, ils repassèrent à l’attaque !

 

L'attaque

 

Une porte, peut-être moins bien défendue, ou d’aspect moins solide, les tentaient plus que les autres (Peut-être la porte "Rimade" (brûlée) que l'on retrouve à Ceyreste...). Ils entassèrent devant les vantaux des fagots de bois, de la paille et allumèrent le bûcher ! Le but était simple : enflammer le vieux bois pour l’affaiblir et enfoncer la porte avec un « bélier » que déjà un groupe apportait.

Mais, derrière la porte, la colère dépassant la peur, leurs assiégés étaient résolus à tout tenter pour empêcher le sac de leur village, ils savaient que les pirates étaient impitoyables, qu’ils les tueraient ou les emmèneraient en esclavage. Il fallait donc vaincre ou mourir !

 

Cavaliers Maures

 

Alors tout à coup, dans une clameur terrible, les vantaux s’ouvrirent et, tandis que les baquets d’eau noyaient le feu, au travers des flammes et de la fumée, bondirent comme des diables les hommes d’armes et les gens du peuple Ceyresten qui taillèrent en pièces leurs assiégeants, aussi bien à l’épée, qu’à la hache, à la lance ou à la faux !

Stupéfaits par la puissance de l’attaque, les pirates reculèrent, puis, poursuivis, s’enfuirent vers le nord ouest, là où les vallons ne sont que gorges étroites et sauvages. La légende dit que, canalisés par les hautes parois rocheuses du vallon du Gendarme, ils fuirent jusqu’aux Conquettes, (le vallon des petites conques), où ils furent écrasés jusqu’au dernier par ceux qu’ils avaient cru surprendre…

Seuls purent rentrer chez eux, les marins laissés à la garde des navires…
On dit que plus jamais Ceyreste ne fut attaqué par les « Barbaresques » qui durent se conter cette tragique histoire de navire à navire…

 

 

LA RÉALITÉ

Avec la disparition des légions et des places fortes de l'empire déchu, nos ancêtres gallo-romains vont connaître la menace permanente des invasions: Barbares, Burgondes, Goths, et Normands se succèdent…

Ce furent ensuite les Sarrasins qui, après avoir été battus, en 732, par Charles Martel à Poitiers et après les défaites d'Arles et d'Avignon, établirent leur quartier général à la Garde-Freinet (Fraxinetum). Depuis cette base, les Maures venus d'Afrique du Nord et d'Espagne mirent à sac toute la côte méditerranéenne.

Cavaliers Berbères

Du coup, vers le milieu du IXe siècle, tout le littoral fut abandonné par ses habitants qui se retirèrent sur les hauteurs (De 813 à 888, Toulon fut pillé sept fois, complètement détruit en 910 et resta désert jusqu'à la fin du Xe siècle..). Les premiers ciotadens, encore dépendants de Ceyreste, se retranchèrent ainsi derrière les murs d'enceinte de l'oppidum de Césarista et le port resta longtemps abandonné.

Le danger des invasions sarrasines fut amoindri lorsque le Comte Guillaume Ier fit appel aux guerriers de Provence, du Bas Dauphiné et de Nice, lesquels infligèrent aux pirates de cuisantes défaites..

 

Maures au combat

Vers 1303, Charles II augmente la sécurité en réglementant la garde des côtes et en instituant des vigies. Il s'agissait de « farots », c'est-à-dire de feux qui signalaient l'arrivée de bateaux ennemis. L’un d’eux fut établi au plus haut point du Cap de l’Aigle (voir ICI). Un code permettait de préciser le nombre de navires repérés sur la mer. Alors, le tocsin sonnait et appelait les gens dans les campagne à venir se réfugier derrière les murs d'enceinte et à préparer la défense.

La vigie était gardée à tour de rôle par les gens de Ceyreste et ceux de La Ciotat . (ce qui fut à l’origine de querelles et de la séparation des deux communes en 1429).

Un cimeterre

(Adaptation d’après : Récits de veillées ciotadennes - A. Ricard, 1887)

 

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