ÉPIDÉMIES et PALETTE DE SERMENT

 

La Peste

 

Le problème des maladies épidémiques a été récurrent tout au long de l’histoire maritime.

Exposés, du fait des échanges commerciaux avec le Proche Orient , le Levant et les Indes aux importations de toutes sortes de maladies, le port et la population de La Ciotat ont toujours tenté de se prémunir contre ces invasions perfides venant de la mer, aux conséquences souvent dramatiques: la ville fut gravement touchée par des épidémies de peste en 1630 et 1650 (136 victimes), alors que celle de 1720 l’épargna…

 

La Peste de 1650

 

Au cours du temps, de l’évolution des mœurs et, surtout, des progrès des connaissances médicales les mesures préventives ont connu divers aspects.

Les plus anciennes, dérivées des tentatives prophylactiques appliquées aux plus anciennes épidémies (peste, choléra et lèpre), firent appel:

- Au contrôle de tous les voyageurs qui, en cas de doute, étaient isolés aux limites du terroir dans des cabanes édifiées sur place (au "Jonquet" par exemple) ou dans des maisons de campagne,

- A l'isolement des malades avec édification de bâtiments à l’extérieur des enceintes du bourg souvent administrés par le clergé, comme les léproseries, maladreries, etc.. On y faisait respecter la quarantaine à tous les malades suspects et aux équipages des navires contaminés.

 

 

Une maladrerie fut d’abord installée à l’entrée sud de la ville, à la pointe des deux moulins (Villa des Tours) dans le quartier des Capucins. Mais, trop proche de la ville, on édifia ensuite "une infirmerie" sur la "butte du Pierollet" (quartier St-Jean), prés d’une chapelle et d’un ermitage.

- A la fermeture des portes et au confinement du bourg à la moindre alerte avec postes de garde sur les chemins et les calanques, barque entre l’île Verte et les Trois Secs, refoulant tout arrivant.

 

 

Mais la mesure la plus originale est l’existence de la « Palette de serment » :

Cet objet faisait partie de l'attirail du service santé qui se tenait au Bureau de la Consigne, « quai des Escaliers Ronds », plus connu de nos jours sous l'appellation du « Baromètre ».

Son utilisation s'étale du 16ème siècle à la Révolution. Celle que possède le Musée ciotaden est une des très rares encore visible.

 

   Page de l'Evangile   

 

Faite en bois de noyer sculpté, elle contient une page de l'Evangile selon Saint-Jean, protégée par une vitre ronde. Moins encombrante et se détériorant moins vite qu’une bible, on emmenait la palette lors des visites aux bateaux en rade. Avant de débarquer, les capitaines de navire venaient jurer sur cette palette qu'il n'y avait aucune maladie à bord et que leur déposition pouvait être crédible.

On lui délivrait alors une « Patente de santé » dite "nette" quand il n'y avait pas eu d'épidémies dans les ports visités et qu'aucun malade ou décès suspect n'avait été signalé à bord. En cas de doute, le bateau, ses passagers et ses marchandises étaient mis en quarantaine.

 

La Peste à Marseille (1720)

 

En 1720, le capitaine du « Grand St-Antoine », arrivant à Marseille en provenance de Syrie, lourdement chargé de marchandises (soieries, velours, épices,…) en prévision de la foire internationale annuelle de Baucaire, prêta serment sur une palette identique à celle conservée au Musée Ciotaden, alors que des décès suspects étaient survenus au cours du voyage…

Une épidémie de peste se répandit dans toute la Provence, occasionnant plus de 50 000 morts !

La Ciotat, par des mesures rapides d’isolement et de protection fut une des rares villes épargnée par ce fléau et fut le seul port à pouvoir encore ravitailler la région.

 

La peste de 1720

 

La pratique du serment se perdit avec la Révolution, son efficacité étant, et pour cause, fortement remise en question…

A la suite des expéditions de Napoléon Ier en Orient et d'épidémies de choléra et de fièvre jaune, on aménagera des lazarets (Marseille, Toulon) permettant d'éviter les risques de contamination.

 

L'hôpital Caroline à Marseille

 

Plus tard, les progrés de la thérapeutique avec surtout la vaccination vont modifier les comportements face aux épidémies. Ainsi, en 1889, une épidémie de variole qui causait des ravages depuis juin à Marseille, atteignait La Ciotat en août. Chateigner écrivait : «Il meurt ici 60 personnes par jour!...», indication nettement exagérée, mais symptomatique de la gravité de la situation. Poussé par les congrégations de femmes, le curé demande alors au maire de faire une procession pour le 15 août. Le maire, répondit par cette phrase, qui fit pas mal jaser à l'époque : « Le seul préservatif de la maladie, c'est la vaccination et non les prières ». Il est vrai que le maire: Evariste GRAS (1846-1928) était aussi médecin!...

La dernière (espérons-le !) grande épidémie, ou plutôt pandémie, puisqu'elle touchera le monde entier, que connaîtra La Ciotat sera celle de grippe espagnole en 1918, responsable de 30 millions de morts dans le monde dont plus de 400000 en France.

Mais, même si elles nous semblent de nos jour précaires, force est de constater que, de nos jours encore et malgré les progrès de la science, les "vieilles" mesures d’isolement sont toujours d’actualité face à la menace de tout agent pathogène…

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