LES MASQUES

 

 

Autrefois les sorciers étaient aussi appelés « masques » ou « masc » et les sorcières : une « masco ». Par extension, on parlait d’« emmasqué » pour désigner quelqu’un à qui on avait jeté un sort, qui avait le mauvais oeil ou encore qui était possédé par le diable..

La Ciotat aurait eu, un temps, l’inquiétante réputation d’être un lieu de concentration de diverses manifestations de sorcellerie... Du moins, c’est ce quelques anciens récits prétendent…

Pourquoi une telle médisance ? Sans doute l’accumulation des superstitions populaires, des jalousies entre voisins et habitants de communes proches, de la suspicion envers tout étranger de passage et des craintes séculaires issues des invasions venues de la terre ou de la mer.. S’y sont ajoutées l’aspect de sombres calanques, de grottes et de vallons étroits dont les formes torturées incitaient aux plus inquiétants phantasmes.

Le moindre étranger, tout frais débarqué de contrées lointaines, se retrouvait immédiatement entouré par la curiosité mais aussi par la méfiance endémique de l’autochtone.. Ainsi, comme tout port d’importance, La Ciotat se prêtait volontiers à l’affabulation la plus délurée..

En définitive et comme il est habituel en matière de légende, il venait se concentrer ici le mélange habituel d’une once de faits réels et la massive accumulation des ragots, concoctés par la perfidie des langues médisantes.

Comme l’on retrouvait, en ce lieu de passage, des gens du voyage (installés au Vallat de Roubaud) et qu’ils étaient souvent de simples diseurs de bonne aventure, ils devenaient rapidement des jeteurs de sorts potentiels pour les commères.. Et ces femmes dont le langage ou les attitudes inquiétaient, passaient vite pour être des « masco ».

Les bossus, les bancals, les borgnes, et autres infirmes, passaient eux, pour être punis d’une faute grave et habités par un esprit malin. On disait d’eux :

« Aqueli que lou boun Diéu marco
Dou diable soun pris en cargo »
« Ceux que Dieu a marqué, sont pris en charge par le diable.. »

Dès qu’on les croisait, on disait vite une prière ou l’on mettait une partie de vêtement à l’envers pour ne pas hériter de leur handicap.. De même qu’on interdisait aux enfants d’imiter la démarche des infirmes ou de s’en moquer par crainte qu’ils ne soient aussi « marqués » par leurs disgrâces.

La foi aux « masques » est très ancienne : à l’époque de Charlemagne, dans le titre LXXVI, pars Ia, de la loi des Lombards, on trouve : « Striga quod est masca », que l’on peut traduire par « la sorcière est échevelée »..

Mais il semble que ces croyances aient eu la vie dure et n’aient vraiment disparu qu’entre les deux guerres mondiales.

Vers 1880, il y avait encore des « masc » à La Ciotat (Traditions populaires de Provence). D’après la Grand-mère d’un de nos contemporains, un de ses frères, gravement malade, était, à son idée « emmasqué ». Elle alla à Aubagne, consulter un « démasqueur ». Celui-ci ordonna de fendre un pigeon en deux et de le placer sur la tête du malade. Ce qui fut fait.. On ne nous dit pas le résultat…

En 1890, un guérisseur rebouteux : M. Coste, avait appris des recettes d’un livre, (on ne put savoir lequel) avec lesquelles il guérissait les foulures et les entorses.. Sa femme, très pieuse, jeta le livre au feu et défendit à son mari de continuer ses pratiques magiques (témoignage de Mme Bardi, 81 ans en 1970 et fille de ce M. Coste).

On rapporte également ceux qui avaient le don « d’enlever le feu » donc de soigner les brûlures par la simple imposition des mains..

 

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