L'ECLAIRAGE DE LA CIOTAT ![]()

Placée à l’écart des grands axes de circulation, La Ciotat ne disposera d’un premier éclairage municipal de ses rues qu’en 1844. Auparavant, l’obscurité n’était trouée que par les rares lueurs des devantures des échoppes ou par les “calens”, sortes de grosses lampes à huile, suspendus près des portes par les propriétaires pour repérer plus facilement leurs logis.

Seul, le passage du Portail
de la Prison, couloir étroit et de mauvaise réputation permettant
d’aller du bas de la rue Castel au port, était éclairé
en permanence par une lanterne dont la petite flamme brûlait toutes les
nuits.
C’est le maire Honoré Portalis qui, le premier, fit placer une
douzaine de réverbères aux coins des principales rues. Ces luminaires
à huile furent donc allumés pour la première fois au soir
du 7 mars 1844. Leur fonctionnement
était confié à l’allumeur de réverbère
qui, armé de sa mèche et de sa perche parcourait inlassablement
les rues de la ville. La Ciotat n’est donc éclairée que
depuis 162 ans à peine !

LE GAZ D’ECLAIRAGE
Au début du XVIII° siècle, on découvre qu’en chauffant du charbon (distillation) dans des récipients clos (les cornues) on obtient un gaz qui, enflammé, donne une lumière brillante. Mais ce gaz sent l’oeuf pourri, en 1849, on parvient à supprimer la mauvaise odeur grâce à l’oxyde de fer. Le gaz obtenu, on utilise les sous-produits de cette distillation: le goudron servira pour étanchéifier cordages et joints, et le naphte, extrait du goudron et distillé à son tour, est employé comme solvant du caoutchouc pour fabriquer les premiers imperméables. Une fois produit par l’usine de distillation, le gaz était entreposé dans un immense réservoir cylindrique appelé “gazomètre”.

Le gaz de houille était connu à La Ciotat depuis 1842, car l’ingénieur Edouard Vence note dans son “Journal” que la salle de l’Atelier Benet, où il travaille, est éclairée par ce moyen (le gaz était alors fabriqué par l’Atelier pour ses propres besoins). Mais il faudra attendre l’année 1861 pour voir la construction d’une usine à gaz qui alimentera la ville.
1860 - LA PREMIERE CONCESSION ET LA PREMIERE SOCIETE
M. Payan, est ingénieur
et ancien adjoint de M. Louis Benet, le propriétaire des Ateliers de
constructions navales de La Ciotat. Après la débâcle des
Chantiers Benet, consécutive à la révolution de 1848, Payan
décide de se reconvertir dans la fabrication du gaz d’éclairage.
Le 12 juin 1860 est signée
une convention entre la municipalité d’Antoine Chabaud et M. Payan
pour l’éclairage de la ville: le m3 coûterait 50
centimes et la ville devrait payer un forfait de 14000
F pour ses 148 lanternes.
Le 7 avril 1861, M. Louis Payan
et M. Honoré Bizalion, un négociant demeurant à Arles,
fondent une société pour la création d’une usine
à gaz. Elle sera édifiée dans la propriété
de M. Payan (à l’emplacement actuel de l’EDF, en face de
la Poste centrale) et comprendra, au départ, 16 cornues de distillation
et un seul gazomètre.
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Le 27 octobre 1861, la ville fut
éclairée au gaz pour la première fois par 189
réverbères et lanternes.
L’équipement de la ville et de ses abords se poursuit peu à
peu, le 10 juin 1868 “On place
des becs de gaz aux Capucins et à l’Octroi”. (Le quartier
des Capucins était situé à l’emplacement actuel de
la clinique de la Licorne, et l’Octroi se trouvait au n° 2
de l’avenue Frédéric Mistral). Mais il fallait économiser
le combustible, et l’éclairage des rues s’éteignait
à 10h du soir (et minuit lors des grandes occasions!).
1874 - LA DEUXIEME CONCESSION
Le 12 août 1874 Un nouveau contrat est négocié pour une durée de 30 ans avec la compagnie du gaz. En contrepartie, la municipalité obtient certains avantages : l’éclairage gratuit des établissements publics suivants: Hôtel de Ville, Octroi, Ecole des Frères et la Machine élévatoire. De plus, « le gaz brûlera toute la nuit. Les soirs de grande lune seront exceptés. Cela ne coûtera que 2000 francs de plus par an pour la commune”.
Mais, premier incident relaté dans la presse : “A la suite de la dernière convention entre la ville et la Compagnie du Gaz, il est prévu que, si le personnel des Ateliers était réduit, on réduirait aussi le nombre des becs de gaz. C’est ce qui arrive ce soir, et 40 becs n’ont pas été allumés un peu partout, ce qui rend la ville sombre et triste”.
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Le 19 janvier 1882, une pétition signée par tous les responsables d’établissements publics est adressée au directeur de l’usine à gaz, M. Bizalion : on estime qu’après 22 ans d’exploitation, l’usine à gaz pourrait quand même accorder une petite réduction de ses tarifs. Mais, M. Bizalion maintient le prix du m3 à 0,50F alors qu’il est de 0,33F à Marseille et seulement de 0,25F (la moitié!) à Paris. Le prix sera quand même ramené à 0,40F le 1er août 1883.
1888 - LA TROISIEME CONCESSION ET LA CREATION D’UNE NOUVELLE SOCIETE
Le 5
avril 1888 est créée la Société
anonyme du Gaz de La Ciotat dont le but est “ l’exploitation de
l’usine à gaz de La Ciotat et l’éclairage de la ville
par tous les moyens possibles ”. Cette société a pour actionnaires
les quatre enfants de la famille Payan, et les sept héritiers de Mr Bizalion
après le décès des deux fondateurs..
Sitôt créée, la nouvelle société demande une
prolongation de 15 ans (jusqu’en 1920) de la concession
en cours en proposant, en contrepartie, une diminution du prix du m3 de 0,015
F.
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En 1889, les Messageries Maritimes adoptent l’éclairage électrique pour le chantier. Le courant est fourni par des groupes électrogènes installés dans l’établissement.
Mais pour la ville, on reste au gaz.. : l’usine à gaz va même s’agrandir et on y construit une grande cheminée en briques (qui sera démolie en 1960).. En 1895, elle compte 31 cornues et 3 gazomètres. Les consommateurs réclament à nouveau une diminution du prix du m3, mais, cette fois, ils n’obtiendront pas satisfaction!
1905 - NOUVEAU CONTRAT
En 1905,
des progrès dans l’éclairage au gaz sont réalisés
par l’application de l’invention de Karl von Auer, en 1886,
du manchon qui porte son nom : il permet d’obtenir une lumière
plus forte.
La Société Payan-Bizalion fait alors de nouvelles propositions
au conseil municipal:
“Les 189 becs actuels seront remplacés par
des becs Auer d’une luminosité quatre fois supérieure, et
les 15 becs placés sur les quais seront encore plus éclairants;
enfin, sans augmentation de la somme que paie la ville pour les 189
becs existants, ce nombre sera porté à 200,
soit un gain de 11 becs dont bénéficiera la ville.”

Le Conseil municipal entérine ces propositions et les travaux de transformation débutent aussitôt. Le contrat est prorogé jusqu’en 1920, mais l’avenir est à l’éclairage à l’électricité. Mais au Conseil municipal, les avis sont partagés et on retient le courant électrique, dans un premier temps, uniquement pour l’énergie motrice : le 9 juin 1911, le Conseil municipal, accorde donc une concession à la Société Electrique du Littoral Méditerranéen pour le transport et l’utilisation de la seule force motrice électrique.
1912 - LA QUATRIEME ET DERNIERE CONCESSION
Cette intrusion de l’électricité à La Ciotat alerte la Compagnie du Gaz. Du coup, la Société propose de ramener à 0,25 F le prix du m3 de gaz, une diminution pour ceux qui consomment plus de 1000 m3 et une baisse de la location des compteurs “à 2 sous” (ainsi nommés car on devait introduire une pièce de 2 sous (10 centimes) pour les faire fonctionner un certain temps puis, renouveler l’opération sous peine de voir le gaz s’arrêter..). Le forfait à payer par la ville reste à 14000 F, mais le nombre de ses lanternes est porté à 165.. Tout cela en contrepartie d’une nouvelle convention qui devait être signée pour une durée de 20 ans ! La Compagnie du Gaz maintenait ainsi un quasi monopole sur l’éclairage public en dépit des avantages naissants de l’électricité..
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Pourtant, le 3
octobre 1912, la majorité du conseil municipal
Crozet approuve ce contrat malgré la réprobation du public mécontent.
C’était donc, en principe, reparti pour le gaz jusqu’en ...
1940!
Mais la première guerre mondiale éclate et durant cette période,
la Compagnie du Gaz fait de nombreuses entorses à son cahier des charges
: le 19 décembre 1918, on
peut lire : “Restrictions du gaz : Au début de la guerre, la compagnie
avait obtenu de réduire l’éclairage public de moitié,
soit une lanterne sur 2, ensuite sa suppression à
partir de 11h et plus tard sa suppression complète. De nouvelles restrictions
vont s’ajouter à celles déjà existantes : le gaz
sera supprimé de 7h30 à 10h,
et de midi et demi à 5h.. De plus, la pression
et qualité du gaz se dégradent et pourtant le prix du m3 reste
inchangé !”
Le 12 mai 1919, M. Bizalion réplique:
« La responsabilité de la situation actuelle en incombe à
l’état qui ne fournit pas assez de charbon et de mauvaise qualité.
Le prix du m3 va être augmenté comme il l’a été
à Marseille et à Arles, en raison de l’augmentation du coût
de la main d’œuvre.. »
1924
- L’ARRIVEE DE L’ECLAIRAGE ELECTRIQUE
Cela ne pouvait plus durer.
La population en avait assez d’être livrée au bon vouloir
de la Compagnie du Gaz. Aussi, le 20 novembre 1919,
pouvait-on lire dans la presse, le compte-rendu suivant :
“La compagnie de l’Energie Electrique du Littoral Méditerranée
va commencer dès maintenant la fourniture de courant pour l’éclairage
des abonnés. La municipalité a insisté pour que l’installation
du réseau électrique soit terminée à bref délai.
La convention pour l’éclairage au gaz de la ville se termine avec
cette année. Il est temps que la ville soit enfin éclairée.
Depuis plusieurs mois, elle est complètement dans l’obscurité...”
Les travaux de la compagnie de l’Energie Electrique durèrent 3
ans, et le 1er janvier 1924,
Chataigner pouvait noter dans son journal : “Eclairage électrique
de la ville à partir de ce soir. La convention avec l’usine à
gaz est terminée”.
A Aubagne, les rues
étaient elles, déjà éclairées électriquement
depuis 1898 !
