L'EAU.. JADIS..

 

Les premiers habitants, environ 2 000 ans avant notre ère, avaient certainement résolu le problème de leur ravitaillement en eau par l’exploitation des eaux de ruissellement, des rares sources ou des nappes trouvées au fond de divers abris troglodytiques. Bien plus tard, les celto-ligures puis les grecs et les romains ensuite, fréquentèrent nos côtes pour se ravitailler à une source “L’Aiguade du Pré”, admirablement située à quelques mètres du rivage ciotaden.

Trop éloignée et devenue insuffisante du fait de l’accroissement de la population, on commença à creuser des puits dont le rendement était, d’après les anciens écrits, assez important.. En plus des puits des particuliers, on trouvait aussi des puits publics, comme le Grand-Puits (rue Maréchal Joffre), le Petit-Puits (rue Maréchal Foch), le Puits d’Outre (à l’Escalet), le Puits de l’Ange, le Puits de L’Abeille, celui de Brunet, etc...

 

 

L’historien Etienne Masse évalua à 400 le nombre de puits dans le territoire de La Ciotat. Ce nombre semble exagéré, à moins qu’il n’ait inclus dans son décompte, les nombreuses citernes construites sous les maisons. Ces citernes, alimentées par les eaux de pluie, servaient surtout aux besoins ménagers.

Dès 1634, il fut question d’une fontaine publique, mais les frais en étaient tellement élevés que la réalisation tourna court. Un siècle plus tard, les Consuls de la ville commandèrent 3 fontaines sur le port à des fontainiers de Toulon, mais, là encore, les travaux devenant trop onéreux, le projet fut abandonné en cours de réalisation.

 

Les 7 torrents de La Ciotat

 

En 1782, on installa une fontaine à pompe dans les eaux mêmes du port “à un endroit où l’eau douce venait sourdre et bouillonner” (Etienne Masse). Les tempêtes détruisirent cette fontaine, mais le bouillonnement de l’eau douce dans l’eau salée est encore visible de nos jours. (de nombreuses résurgences sous-marines d’eau douce sont visibles tout le long de la rade de La Ciotat et donnent un aspect « troublé » à la mer salée..)

En 1830, la distribution publique de l’eau fut de nouveau envisagée et un projet de barrage, au pied de la Baume de Fardeloup, alimenté par les eaux de pluie et diverses sources fut proposé, mais cette idée avorta car l’alimentation d’un tel réservoir était douteuse. D’autres projets suivirent, tout aussi irréalisables...

En 1836, un devis fut établi pour amener dans la ville l’eau du réservoir couvert du Pré. Ce projet fut, cette fois enfin, mené à terme: le réservoir fut relié par un tuyau en poterie à deux fontaines situées sur les quais du port, l’une à l’Escalet, la seconde, appelée “Fontaine des Platanes”, près de la porte du Dintre.


A cette époque, la population ne comptait que 5 000 habitants et l’eau était suffisante, mais la sécheresse de 1839 rendit indispensable des mesures de restriction :
- un premier arrêté municipal autorisa à prendre une seule cruche d’eau au puits d’Arène Cros (à Fontsainte) construit depuis 1823 pour les employés de la Douane et à leurs frais,
- un deuxième arrêté stipulant de “ne pas excéder la charge d’une bête de somme par jour et par famille” provoqua un conflit avec la douane. Il ne fut pas respecté et, au mois d’août, les eaux de ce puits étaient devenues saumâtres à force de les tirer.
Le problème se compliqua encore lorsque l’on s’aperçut, en 1857, que la source de l’abattoir (située à l’emplacement actuel de la rue Bouronne) était polluée par des infiltrations du sang des bêtes (!!), ce qui provoqua sa suppression immédiate..

La même année, parut un autre projet pour l’établissement d’une fontaine sur le quai du port, près du Fort Bérouard, et en 1859, une quatrième fontaine fut établie au bord de la mer, en face de la rue Gabriel Long (actuelle rue Diffonty).
En même temps, plusieurs fontaines à pompe étaient installées au Grand-Puits, au Petit-Puits et au puits du Quai de la Consigne.

        

 

Jusqu’à la moitié du XIX° siècle, l’approvisionnement en eau de la ville ne dépendait donc que de quelques puits et fontaines publics, complétés par les puits et citernes privés, le tout soumis aux caprices des précipitations !.. Il devenait ainsi urgent, en raison de l’accroissement de la population, de trouver de nouvelles ressources en eau.

En 1854, on découvrit des sources au Mugel, une tranchée de 100 m fut construite et cette eau fut utilisée par les Messageries Maritimes. On en retirait jusqu’à 90 m3 par 24 h .
Un projet pour ramener cette eau dans l’anse du Pré fut établi, mais à la suite de dissensions sur son utilisation, les travaux furent suspendus.

En 1866, nouveau projet, plus ambitieux avec :
- une nouvelle galerie de captation des eaux du Pré,
- une galerie pour conduire les eaux du Mugel dans le puisard d’une machine élevatrice,
- un grand réservoir d’approvisionnement et de distribution de 10000 m3, au jardin de la ville,
- 3 lavoirs et 3 abreuvoirs,
- une conduite pour la distribution dans la ville.
L’exécution de ce plan débuta en 1867 et après bien des querelles, il y eut enfin, en 1872, 22 bornes fontaines à travers la ville.

L'ancien lavoir public


Mais, malgré le réservoir du jardin de la ville, le volume d’eau restait insuffisant et très irrégulier. En 1875, nouvelle pénurie d’eau : on fait la queue aux fontaines, l’eau est même vendue 5 centimes dans les rues ! Le maire Badelon, propose d’entrer en négociations avec la mairie de Marseille pour faire venir à La Ciotat l’eau de la Durance.
Celle-ci, en effet, parvenait à Marseille depuis 1847, grâce à un canal de 85 km comprenant 20 km de souterrains et près de 10 km d’aqueducs. (Le plus célèbre d’entre eux est celui de Roquefavour qui enjambe l’Arc et dont la construction dura cinq ans).

En 1877, le conseil municipal ciotaden approuve les plans du projet d’un canal d’Aubagne à La Ciotat et celui d’Aubagne consent la cession de 50 litres/s, répartis entre La Ciotat pour 30 litres et Cassis pour 20 litres.

La ville de La Ciotat reçut des subventions du ministère des Travaux Publics, du Département et des Messageries Maritimes. Elle dut cependant contracter un emprunt de 603000 F sur 35 ans.

La branche du canal de Marseille de la Durance à La Ciotat, commencée en 1880, fut terminée 3 ans plus tard et le maire, Baptistin Ventre, inaugura le canal le 15 juillet 1883 par un jet d’eau au rond-point du Baromètre puis par une cascade sous l’église Notre-Dame de l’Assomption (qui sera démolie en 1937).

 

  L'ancienne cascade sous la neige

 

Les 30 litres/s de la concession étaient ainsi répartis :
- 7 l/s à la ville pour les besoins publics,
- 20 l/s pour la distribution dans le territoire,
- 3 l/s pour les Messageries Maritimes.

A début, les eaux de la Durance alimentèrent seulement des fontaines publiques placées à peu près dans chaque rue, l’eau n’était pas encore distribuée dans les maisons. Elle ne le sera que progressivement, quelques années plus tard.

Le bassin du jardin de la ville s’avérant trop petit pour stocker toute l’eau concédée, un second bassin de 7000 m3 est construit en 1887 au “Repos des Chasseurs”, à environ 3 km au nord de la ville et à 80 m d’altitude.

 

Bassin de retenue



Le réseau de distribution prend vite de l’extension et en 1925 les quartiers de la gare, de l’Homme Rouge et de Gardanne sont alimentés. Construction en 1930 d’un nouveau réservoir ouvert de 23000 m3 au Pin de Sucre, à 200 m du réservoir couvert du repos des Chasseurs.
A la même époque, le conseil municipal de Marseille accorde à La Ciotat un débit de 96 l/s, dont 8 l/s pour Ceyreste. Cette décision survenait à temps car le nombre de concessions particulières s’était fortement accru, passant de 100, en 1884, à 2600 en 1936..

Devant une telle extension de la distribution, la ville fait construire 2 nouveaux bassins jumelés de 30000 m3 chacun, à côté des deux premiers. Les réserves totales pouvaient atteindre alors 90 000 m3. Quant au vieux bassin du jardin de la ville, il était dévolu aux chantiers de constructions navales.

bassins de retenue

Par la suite, et surtout après la guerre 39/45, le réseau de distribution, la qualité de l’eau et la constance de sa fourniture continuèrent d’être améliorés par les divers concessionnaires responsables (Société des Eaux de Marseille en 1964 et La Passerelle de nos jours), si bien qu’il est difficile d’imaginer aujourd’hui les tracas et les prières de nos ancêtres, les restrictions qu’ils subirent et les longues files d’attente devant les bornes fontaines pour obtenir ce précieux liquide dont la relative abondance à La Ciotat ne date, si l’on y songe, que d’à peine 123 années.. !

D’après les recherches de J-P JOUEN.

 

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