LA BÉATE PROVENÇALE

Belle mais triste histoire que celle de la « Béate Provençale »…

Marie était la fille d’un tonnelier. Jeune, brune et belle, mais de condition modeste, elle plut aussitôt à Jean, le fils d’un riche armateur que l’on destinait à un mariage plus adapté à son rang. « Car on n’épouse pas une fille de l’Escalet !» martelait sa famille qui était richement logée dans le quartier du Dintre. Lui, obstiné et persistant dans ses sentiments, obtint enfin l’autorisation de se marier. C’était devenu d’autant plus urgent, qu’il avait surpris des œillades échangées entre sa future et un jeune commis de l’amirauté, tout frais débarqué de Paris… Elle, affirmait qu’il n’en était rien bien sûr...

A quelques temps de l’épouser, on dut envoyer Jean à Lattaquié, le port principal de la Syrie en Méditerranée, pour traiter quelques affaires en souffrance. Celui-ci fit donc promettre à Marie de l’attendre sagement en évitant tout contact avec le rival potentiel !

Marie promit… Jean partit… Marie retrouva vite son parisien…

Quelques mois plus tard, le retour de Jean fut dramatique quand la première vision qu’il eut du quai de La Ciotat fut sa chère Marie aux bras du commis greffier ! Du coup, le scandale éclate, la famille du tonnelier, frappée de honte, rendit aussitôt les cadeaux du promis et sa bague de fiançailles. Jean, éperdu de chagrin, mourut peu de temps après et Marie devint la risée des commères. Elle disparut soudainement un jour, sans que l’on en sache les circonstances. Introuvable, sa famille la crut morte…

Hôtellerie et barre de la Sainte Baume                                La grotte

Sur le versant occidental du plateau de la Sainte Baume, cette barre rocheuse de douze kilomètres, à mi-hauteur du sommet qui culmine à 1147 mètres, s’ouvre une grotte appelée « La Baoumetto » (la petite « baume », petite grotte), différente de celle, plus grande et plus connue de Madeleine…

C’est ici, dit-on, qu’au début du XVIIIème siècle, vint s’installer une femme entièrement revêtue de bure et gardant constamment le voile comme les carmélites pour cacher son visage... De plus, elle ne prononçait jamais un mot… Elle était cependant toujours affable et douce avec les petits bergers du lieu. Tous les jours, à 3 heures, on la retrouvait sur le Saint Pilon, en contemplation, les bras en croix, en direction de la mer et cela dura trente ans.

La Béate

Peu à peu, la réputation de l’inconnue alla croissant, tant elle forçait le respect par sa dévotion et son humilité. On lui amena bien vite des malades auxquels elle distribuait des remèdes à base de simples, sans aucun paiement en retour.

Un soir de novembre 1778, une tempête terrible fit rage à La Ciotat.. Sous l’assaut des vagues, certains dirent avoir même vu un morceau de poudingue se détacher d’un des mamelons des Trois Secs ! On avait fermé de bonne heure les portes de Cassis et celle des Fainéants de crainte d’inondation. Malgré la furie des éléments, une femme, trempée par la pluie et les embruns, vint frapper à la porte d’une maison de l’Escalet…

Les occupants, craignant le vent des morts, ne répondirent pas.. Mais alors, retentit une voix suppliante : « Ouvrez, pour l’amour de Dieu ! ». « Qui êtes-vous ? » Demandèrent les propriétaires. « Votre fille ! », répondit la voix. « Notre fille ? Il y a beau temps qu’elle est morte ! » Rétorqua celui qui, vous l’avez deviné, était notre tonnelier…
Mais on ne trompe pas une mère, et sa femme ouvrit aussitôt à cette voix qu’elle avait reconnu. Elle découvrit sa fille dans les vêtements trempés de cette « Béate » dont on parlait depuis si longtemps !

Marie s’expliqua alors de sa conduite : voulant oublier le souvenir de Jean qui, constamment, la hantait, elle avait multiplié les galipettes, sans résultat… C’est ainsi que, rongée de remords, elle s’enfuit un jour à la Sainte Baume mener sa vie de recluse. Trente années plus tard, elle dit avoir eu, la veille de ce jour de tempête, la vision de Jean qui la regardait en souriant et la pardonnait enfin…

La famille reconstituée partit très tôt, le lendemain matin, se recueillir sur la tombe du jeune homme et la « Béate » en revint rayonnante comme une vierge. Se tournant alors une dernière fois vers sa ville natale, elle aurait prononcé ces mots :

« Adiou, Bello Cioutat ! Jamaï plus pesto t’arribara !».
« Adieu Belle La Ciotat, jamais plus, un telle peste ne t’arrivera... »

Les quelques spectateurs reconnurent la célèbre « Béate », mais elle se déroba bien vite à la curiosité de la foule et demanda à ses parents une dernière faveur : la laisser retourner dans sa retraite.

Le lendemain, un frère abbé qui montait, comme chaque matin, ouvrir la Baume de Madeleine, la retrouva morte, gisant à l’entrée de la « Baoumetto »…

(Adaptation d’après : Récits de veillées ciotadennes - A. Ricard, 1887)


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