LES CONGRÉGATIONS RELIGIEUSES

La fin du XVIème et surtout le XVIIème siècle fut une période de prospérité pour La Ciotat... Stimulée par le négoce maritime, cette économie florissante vit l'expansion de la classe bourgeoise, mais aussi l'implantation de nombreuses congrégations religieuses qui vinrent s'établir et développer leurs propriétés aussi bien à l'intérieur des murs de la Cité que dans la campagne environnante. Elles ont toutes légué à La Ciotat des trâces plus ou moins conservées, bien souvent transformées, et parfois aujourd'hui disparues, de leur établissement en fonction des vicissitudes de l'histoire. Chacune avait une "spécialisation" et des compétences particulières qu'elles apportèrent, en leur temps, à la vie de la Communauté (éducation, culte, soins médicaux, secours aux démunis, etc.). Voici les principales:

 

LES CAPUCINS

Le bourg de La Ciotat venait de se détacher de Ceyreste, il fallut pourvoir la nouvelle cité d’un clergé.
En 1606, après délibération des consuls, les Capucins vinrent donc prendre possession de l’antique chapelle, de Notre Dame du Bon Voyage sous l’épiscopat de l'évêque Jacques Turricella. Les Capucins, ordre mendiant venu d'Italie au XVIème siècle, menaient une vie de pénitents. Ils étaient les seuls à avoir le droit de rendre visite aux malades isolés en temps de peste. D'ailleurs, beaucoup en moururent, ce qu'ils considéraient comme un privilège. Leur nom provient de l'habit qu'ils portaient, fait d'étoffe rude, et d'un capuchon pointu. 7 pères Capucins et 5 frères, s'installèrent donc dans la tour puis, dans le couvent construit par divers notables, dont Antoine Gaymard (le fondateur, en 1617, de l'hôpital). Les Capucins étaient, par leur dévouement, leur modestie et leur abnégation très appréciés de la population. Ils eurent à lutter contre la grande sécheresse de 1609 et organisèrent pendant neuf nuits des processions, relayés par les enfants, les filles, puis les jeunes hommes, jusqu'à ce qu'enfin, la pluie arrivât. Mêmes processions lors de la peste de 1650, qui fit 136 victimes, dont nombre de ces religieux dévoués aux soins des malades.. Après la Révolution, leur couvent et ses dépendances sera vendu et deviendra après diverses affectations l’actuelle clinique de la Licorne.

 

LES URSULINES

A droite de la chapelle Vierge de Grâce s'étageaient, jusque sur La Tasse, les nombreux bâtiments des Religieuses Ursulines...
En 1617, les Consuls de La Ciotat décident unilatéralement d’ « introduire un collège de l’institut de Ste Ursuline » sur le modèle des congrégations qui existaient en Italie depuis 1537. Cet ordre cloîtré vivait dans un grand recueillement et comprenait des dames dévouées à l'instruction de la jeunesse. Elles suscitaient le respect de leurs élèves et du public par leurs vertus. Mais l’évêque de Marseille, Jacques Turricella, n’ayant pas été averti de cette fondation, menaça de refuser sa permission. L’intervention de Gaspard de Grimaldi, Seigneur de Régusse, l’en dissuada. Les Ursulines s’établirent donc à La Ciotat le 23 janvier 1618, sous la règle St Augustin, accompagnées de deux "paires" (sans doute des Oratoriens). La commune, heureuse d'avoir dans ses murs une congrégation enseignante pour les jeunes filles de la bourgeoisie, les reçut volontiers mais avec cependant les restrictions suivantes : « La communauté ne s'engage à rien, les pères et les soeurs pourvoiront à leurs logements, on leur fournira seulement une chapelle Saint-Anne pour le service divin... ». (Les Oratoriens garderont ensuite cette chapelle Sainte-Anne pour y édifier leur école). Les Ursulines achetèrent des terrains entre la rue du Rocher, la Tasse, l'avenue Jules-Guesde et la place Louis-Marin pour créer leur couvent. Le Pape Loménie donna le voile et établit la clôture de la congrégation le 25 mars de l’an 1635, fête de l'Annonciation, et elles reçoivent alors de nombreux legs et donations. En 1644, les Pénitents Blancs font construire la « nouvelle » chapelle Ste Barbe de la Place du Théatre et cèdent alors « la vieille » Ste Barbe de l’esplanade de la Tasse, située à l'emplacement de l'atelier de menuiserie touchant le C.E.S. Louis-Marin, aux Ursulines. Le 19 septembre 1647, Monseigneur Estienne de Puget, évêque de Marseille, vient à La Ciotat consacrer l’église des « Dames religieuses de Saincte Ursulle ». Elles étendent ensuite leurs propriétés et le monastère se composait, en 1728, de 30 religieuses et de 4 filles de service. Il s'agrandit au cours des ans et formait, quand éclata la Révolution, un vaste ensemble de constructions, qui subit le sort des établissements similaires et devint aussi propriété de la Nation. Aprés la Révolution, les Ursulines continuent pourtant d’occuper leur couvent et le Directoire les autorise même à faire « réparer leur maison » en 1792. Mais en septembre de la même année, après maintes menaces, des soldats chantant la Marseillaise pénètrent dans le couvent que les religieuses venaient à peine de quitter et occupent un temps le dortoir des religieuses. Le 28 octobre 1792, on envoie au district l’or, l’argenterie et 3 cloches provenant des monastères des Ursulines et des Bénédictines. On transporte à la mairie les marbres et boisages et la vente du couvent eut lieu le 1er frimaire an IV (22 /11/1795) : il est acheté par Joseph Bonnaud. En 1883, la municipalité transforme l’ancienne chapelle des Ursulines en Ecole, cours d’adultes, musique et société de Secours Mutuel. En 1922, on vend l’immeuble appartenant toujours aux enfants Bonnaud (A la mort de l’un de ces descendants, on découvrit en 1909, dans l’ancien couvent une croix en bois de 30 cm de hauteur, contenant un morceau de la Vraie Croix, enchâssé sous verre. Cette relique était certifiée et portait au dos la date de mai 1767. Elle aurait été remise au Couvent en 1727...). L’immeuble sera ensuite transformé, en 1923, pour loger une brigade de Gendarmerie.

 

LES SERVITES

Les Servites sont venus d’Aix en 1621. Ils étaient établis au départ à l'ermitage de Fons Sainte situé dans le quartier Saint-Jean. L’historien Louis Marin nous apprend qu’ils avaient obtenu de Jules de Médicis, Cardinal de l’Eglise Romaine et Abbé de Saint-victor, l’autorisation de se substituer à l’ermite qui veillait jusque là sur la fameuse source de Fons Sainte (voir ICI). Pour obtenir ce droit, ils avaient fait valoir que cet ermite portait l’habit de leur ordre (!!). Ils distribuèrent donc, ou plutôt vendirent, avec des images de Notre Dame des 7 Douleurs, leur patronne, l’eau de cette source que la tradition voulait miraculeuse. Grâce à ce commerce, ils devinrent fort prospères un temps, mais, en 1693, ils quittèrent les lieux pour s’établir au « Jardin des Noirs » (appartant en fait aux Minimes) en centre-ville et rachètent aux Pénitents Noirs leur première chapelle de Notre-Dame de Miséricorde (actuelle Sainte Anne), qu’ils rebaptisent du nom de Notre-Dame des Sept Douleurs... Mais cette installation intra muros, en 1693, coïncida (si elle n’en fut pas la cause) avec le début de leur décadence. Ils s'endettèrent et durent revendre l’église en 1774. Devenu bien national aux termes de la loi du 2 novembre 1789, ce bâtiment fut transformé en hôpital sous la Révolution, puis mis en adjudication, fut vendu en 1791. Il passa par différentes mains avant d'être racheté et de nouveau affecté au culte par le Curé Brunet, qui y installa, en 1843, la Congrégation de Sainte-Anne qui donna à la chapelle son nom actuel.

 

LES MINIMES

C'est un Antoine Martin qui fonda le couvent des Minimes. En effet, aux termes d'un testament du 7 novembre 1633, Antoine Martin, fils du feu Simon, bourgeois de La Ciotat, « mû par un sentiment de reconnaissance envers Dieu qui l’avait fait prospérer, et par sa dévotion à Saint François de Paule, fondateur de l'Ordre des Minimes, dans lequel son fils Pierre Martin était entré », établit à La Ciotat un monastère de ces religieux, avec la permission des Chefs de 1’Oratoire, du Seigneur et des Consuls de La Ciotat. Il donna 120.000 livres pour cet établissement et fut reconnu « Père perpétuel, Erecteur et Fondateur dudit couvent » Sa sépulture fut marquée à coté de celle des religieux, dans la chapelle primitive. Ces religieux font peu à peu l’acquisition de nombreux terrains, dont, en 1638, ce que l’on appellera abusivement le « Jardin des Noirs » (mentionné plus haut) et leur établissement s’étoffe de nombreuses constructions. Quand les Servites, ruinés quittèrent La Ciotat, les Minimes, qui avaient vainement fait l'impossible pour s'opposer à leur venue, demeurèrent seuls maîtres du quartier. De plus, en 1727, les Oratoriens, accusés de jansénisme et considérés comme trop stricts pour l’éducation des garçons de la bourgeoisie, sont écartés par Mgr de Belsunce et remplacés par les Minimes. En 1745, Mgr le Comte de Saint-Florentin décida d’édifier un établissement dirigé par eux en remplacement des Frères de l’Oratoire… Ce collège Belsunce, situé dans la rue des Capucines et reconnu par lettres-patentes du 16 février 1758, connut un certain succès. Quand la tourmente révolutionnaire dispersa les communautés, tout cet ensemble de constructions devint propriété nationale et fut mis en adjudication. Plusieurs acquéreurs se les partagèrent, ce qui fut à l’origine de nombreuses contestations. Dans le cours du XIX° siècle, les Curés de La Ciotat et l'Evêché de Marseille décidèrent de rouvrir aux fidèles les portes de ces édifices. C'est ainsi qu'en 1826, M. le Curé Saurin installa dans l'ancienne chapelle des Minimes, qui venait d'être léguée à la paroisse par M. Clair André Besson et placée sous le titre du Sacré-Coeur, la Congrégation des Filles Chrétiennes, renouvelées des Filles de la Présentation qui existaient à La Ciotat dès 1706. Les autres bâtiments abritèrent un instant une confrérie de Pénitents reconstituée après la Révolution, puis les Frères des Ecoles Chrétiennes...

 

LES CAPUCINES

Un autre couvent situé dans les mêmes parages que les Minimes et qui n'en était séparé que par des jardins...et quelques menues rivalités, est le couvent des Sœurs du Tiers Ordre de Saint-François d'Assise, Dames de la Passion, ou plus simplement Capucines, dont une rue actuelle a conservé le nom. En 1745, après la création du collège des Minimes, ce tiers ordre de religieuses de Capucines, soumises, comme les Minimes, à la règle de Saint-François de Paule, se créa à son tour et se réunit dans une chapelle contiguë à celle des Pères. Après la Révolution ce couvent devint aussi propriété nationale et fut mis en adjudication en l’An II. En 1808, un ébéniste de Paris acheta, pour y établir son atelier, la nef de la chapelle qui avait été séparée du sanctuaire par un mur maître. Après d'autres vicissitudes, ce local servit un temps aux exercices du culte réformé.

 

LES ORATORIENS

Dès l591, Antoine Goiran, bourgeois de La Ciotat, et quelques autres personnes généreuses avaient fait construire une chapelle dédiée à Sainte-Anne (à ne pas confondre avec l’actuelle chapelle Sainte-Anne, ancien édifice des Pénitents noirs puis des Servites). C'est dans cette chapelle que les Pères de l'Oratoire, appelés en 1618 par les consuls pour instruire la jeunesse, obtinrent permission épiscopale de s'établir, « à charge, d'y continuer l'office à l'honneur et gloire de Dieu et de Madame Sainte-Anne et de conserver au-dessus du maître-autel l'image de la dite sainte dame, suivant l'intention des fondateurs » (ceci explique pourquoi la rue qui descendait de l’Oratoire a longtemps porté le nom de Sainte-Anne, alors qu'en réalité les Oratoriens étaient placés sous le patronage de Notre-Dame-des-Anges). Le Couvent des Oratoriens était séparé de l'Hôpital par un cimetière. Ayant modifié la disposition des lieux en construisant la grande nef, les Oratoriens ne se crurent plus liés à leur engagement et placèrent au-dessus du maître-autel une effigie de Saint-Charles à la place de Ste Anne. Ce changement, en l625, provoqua de la part de Jean Goiran, héritier du fondateur Antoine, une énergique réclamation soutenue par pas moins de quinze cents habitants et à laquelle l'Evêché fit droit : on rétablit vite Sainte-Anne dans sa chapelle... Les Pères de l'Oratoire devaient faire ensuite naître des querelles plus graves : en 1706, le sieur Claude Sicard, négociant de La Ciotat, leur avait fait une dotation de 26,000 livres pour élever, sur un terrain attenant au couvent et offert par la ville, un collège. Heureuse innovation pour La Ciotat, l'enseignement y débute en 1707 et obtient un rapide succès. Mais, vingt ans plus tard, les Oratoriens sont accusés de trop de rigorisme dans leur enseignement et leur esprit d'indépendance les font se rapprocher des Appelants (ainsi surnommait-on les jansénistes, qui prétendaient « faire appel » au Concile, des décisions papales). Or, Mgr de Belsunce, évêque de Marseille, appartenant à l'ordre des Jésuites, était un défenseur zélé du Saint-Siège. Aussi fit-il, par ordonnance du 2 août 1727, interdire dans son diocèse l'enseignement des Oratoriens et fermer le Collège de La Ciotat. Vers 1765, après la mort de Mgr de Belsunce, le collège reprit, mais avec moins de succès, car les Minimes avaient, dans l'intervalle, ouvert un autre collège que les Oratoriens ne réussirent pas à faire fermer malgré un procès acerbe (1768-1770). Leur vogue étant passée et la ville se dépeuplant suite au marasme du port, il ne restait plus en 1779 que sept prêtres enseignants… Avant même le décret de suppression de leur ordre en 1790, les Oratoriens, ruinés, durent quitter La Ciotat après avoir peu à peu vendu leurs propriétés rurales (la dernière en 1788). Le local du collège fut racheté après la Révolution et devint une raffinerie de sucre. Pendant la Restauration, les anciens bâtiments de l'Oratoire, dont certaines dépendances avaient été détachées au profit de l'Hospice, abritèrent en 1838, la maison mère d'une congrégation nouvelle, les Sœurs du Saint-Nom-de-Jésus. Elles reconvertirent les locaux en un couvent de religieuses cloîtrées avec pensionnat pour jeunes filles.

 

LES BERNARDINES

Les Bernardines furent établies à La Ciotat le 25 avril 1642. Ces religieuses, au nombre de six, vinrent de Marseille avec la permission de Son Eminence le Cardinal de Lion, abbé de Saint-Victor, et furent installées par Jean Lambert, représentant l'Evêché. Elles choisirent un terrain situé dans le quartier de "Lauguier" ("endroit rempli d'algues") pour édifier leur couvent consacré à Notre-Dame du Bon Port. Le 29 septembre 1643, elles s’installent dans leur couvent de l’Escalet. Leur mission principale était l'éducation des jeunes filles. Cent cinquante ans plus tard, pendant la Révolution, le décret de l'Assemblée Nationale du 13 février 1790 menace de fermer les portes de leur couvent. Ce texte fameux, promulgué le 19 du même mois, par lettres patentes de Louis XVI, portait en effet abolition des vœux monastiques et suppression des ordres religieux en France. Toutefois, des exceptions étaient faites en faveur des établissements enseignants (article 2) et des couvents de femmes (article 3). Les Bernardines de l'Escalet demeurèrent donc à La Ciotat en vertu de ces dispositions et non grâce à une tolérance locale. Ce ne fut là qu'un court répit, car deux ans plus tard, le 4 septembre 1792, elles durent partir malgré tout et leur couvent fut mis en adjudication comme domaine national. Il sera, par la suite, racheté et transformé en filature de coton et de soie par MM. Louis Benet et Masse, avant de devenir, en 1851, les Bureaux de la Direction des Personnels des Messageries Maritimes. Ce bâtiment assurera cette dernière fonction jusqu’à sa démolition, en septembre 1978, en vue des travaux de modernisation et d’extension des chantiers de la C.N.C.

 

 

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