Le Corsaire Jean -François HODOUL  

1765-1835

Hodoul, le corsaire des Seychelles

 

Jean-François HODOUL est né à La Ciotat le 11 Avril 1765. Son père, Raymond, était charcutier et sa mère, née CAUVIN, se prénommait Geneviève. Il part à 24 ans dans l’Océan Indien et arrive à bord du Scipion sur l’île Maurice en 1789 où il fait du trafic d’esclaves avec les Seychelles et Madagascar. Il commande, à 27 ans, le navire « Les Deux Soeurs » en partance de Port Louis, puis le brick « Succès » vers Madagascar et Quiloa. Il épouse en juin 1794 Mairie Corantine Olivette Jorre de St Jorre, âgée de 16 ans, la fille d’un riche propriétaire de Flacq.

Il abandonne alors la carrière peu honorable de négrier puis entame celle, plus « glorieuse et sulfureuse », de corsaire en 1794, à bord de son navire: « l’Olivette », baptisé du nom de son épouse. En Mai de cette année, surpris dans le port de Mahé aux Seychelles, par l’incursion de quatre vaisseaux anglais, accompagnés de deux prises françaises, commandés par l’amiral Newcome, il est obligé de se rendre malgré une résistance héroïque. Les Seychelles deviennent anglaises et le navire est réquisitionné.
De retour à Maurice, on le retrouve, en 1796, enseigne de vaisseau à bord du corsaire « Entreprise » puis sur le «Pichegrue», récemment pris aux anglais, à bord duquel il se rend en Inde, capture et ramène à Port Louis la prise anglaise : « Le Castor ».


En mai 1797, il est promu commandant du corsaire « Apollon », navire de dix canons et six obusiers nouvellement arrivé de Brest et va écumer les mers pour traquer tout ce qui porte pavillon anglais...
En mer depuis une semaine à peine, il prend en chasse, au large des côtes de Malabar, un vieux trois-mâts « L’Eliza » (pris auparavant aux français et commandé par l’anglais William Brown) lequel, après une course poursuite, est contraint de se rendre. Six jours plus tard, il récupère sept esclaves encore vivants à bord d’un navire anglais abandonné par son équipage après une tempête et capture trois jours après, « l’Edroussi », un petit navire anglais. Fin Mai, il poursuit, sur la route de Coringa, l’anglais « Le Macroy » dont une partie de l’équipage tente de s’échapper sur une chaloupe.. Mais Hodoul poursuit les fuyards et ils abandonnent sur la plage un gros coffre rempli de perles!

   


Il continue et, en septembre 1797, le 15, capture l’anglais « Bader Bux » qui reliait Moka à Surate. Il y découvre 3732 écus d’or, quelques piastres, 296 sequins et une grande quantité de perles... De retour à Maurice, il capture encore le 30 octobre le « Laurel » du commandant Fugo, puis, le 9 novembre « La Trayalle » et le « Harrington » dans la même journée !!
Sa vaillance au combat ne l’empêche cependant pas de se montrer magnanime et loyal : ayant capturé un riche marchand anglais qui transportait avec lui toute sa fortune en or, il le libéra dans un port indien sans le rançonner d’aucune manière, car le britannique portait sur lui les témoignages de français en difficulté qu’il avait aidé auparavant..
Durant cette expédition le total des prises de « L’Apollon » fut estimé à 703.479.803 Francs !

 


Arrivé à Maurice fin 1797, Hodoul qui possédait la moitié des parts de l’Apollon le vend à un autre corsaire: Le Vaillant qui va en prendre le commandement.. l’Apollon appareille le 22 Août 1798, mais, après avoir capturé une riche prise portugaise, il est arraisonné par le HMS Léopard le 10 novembre, au large de Monbasa et l’équipage est emmené aux Comores.
En juin 1799, Marie Corantine Olivette donne naissance à un premier enfant Raymond, mais Hodoul est repris par la « course » ! Il achète "L’UNI", un bateau de 220 hommes d’équipage et armé de 32 canons, 18 obusiers de 4, 4 de 9, venu de Nantes en 98 et qui avait déjà deux belles campagnes à son actif sous le commandement de François Lemême. Il appareille le 15 mai 1800 et la "curée" reprend : prise, fin mai, au large de Ste Anne, aux Seychelles, du corsaire anglais de huit canons « Henriette » commandé par le capitaine White, en juillet, c’est le tour du "Helen" avec 80.000 piastres à bord, en août, le "Friendship".. Mais, le 5 Août 1800, "L’Uni" est à son tour capturé par "Le HMS Arrogant" dans la baie du Bengale. Hodoul et son équipage sont débarqués à Madras et emprisonnés à Calcutta au fort Willam. Ils ne seront libérés que deux ans plus tard, en août 1802, lors des accords de la Paix d’Amiens.


De retour, Hodoul fait construire à Mahé, au sud de l’actuelle capitale Victoria, une belle demeure « Les Mamelles » qui existe encore de nos jours..
En 1803, Hodoul fait reconnaître sa qualité de capitaine de vaisseau marchand mais reste à terre et s’établit su l’île de Silhouette.
Après 1805, il abandonne l’habit de corsaire et entame des campagnes commerciales plus posées et revient plus souvent à terre.. De fait, Olivette va lui donner après son premier fils, 11 enfants (en majorité des filles) jusqu’en 1822 !!
En janvier1805, il commande le brick « Rosalie », 45 tonnes, puis, de 1806 à 1808, le brick « Mahé » 25 tonnes et en 1809-1810 la goélette « La Favorite » 70 tonnes. Il fait du « commerce » avec l’Afrique (malheureusement, avec du coton, des noix de coco, de l’huile, des écailles de tortue.., très souvent des esclaves..).
Il achète des terres, sur la côte est de Mahé, y établit une plantation de cacao et fait construire sa maison « Ma Constance ». Les îles de l’Océan Indien passent aux mains des Britanniques, mais les insulaires restent attachés à leurs terres et poursuivent leurs activités commerciales.


Entre juin et juillet 1819, son fils Raymond, 20 ans, commande la goélette « Six Sœurs » de 200 tonnes quand éclate un incendie dans les balles de coton et gagne le navire.. Un seul canot disponible pour les 65 embarqués !.. Un terrible choix est incontournable: les femmes et les enfants d’abord, puis, les esclaves ( !) et les officiers.. On doit abandonner à la mort une partie de l’équipage.. Commence alors une épopée du genre du « radeau de la Méduse » à l’issue de laquelle le canot parvient enfin à l’île de la Digue. On ne comptera que 30 rescapés.

Vieillissant, Hodoul devient l’une des personnalités les plus respectées mais aussi fortunées de la région. Il n’arrête pas les transactions immobilières : il vend sa propriété de l’île de Silhouette, une parcelle de l’île Ste Anne, achète l’île des Roches, reprend une partie de Silhouette, crée avec son fils Raymond un « établissement maritime » dans le port de Victoria. Mais son sens de l’équité lui vaudront d’être souvent nommé Juge par ses concitoyens…

Cet écumeur de mer va mystérieusement décéder sur sa terre de Mahé à 70 ans. Le 10 Janvier 1835, il part visiter sa plantation à cheval.. Mais la monture revient seule.. Après de longues recherches, on retrouve son corps inanimé.. Probablement une crise cardiaque..
Il fut inhumé au cimetière de Bel-Air où l’on peut encore voir sa tombe avec, au dessous du dessin d’un trois mâts, l’épitaphe :

ICI REPOSE
JEAN-FRANCOIS HODOUL
ANCIEN CAPITAINE DE CORSAIRE
« IL FUT JUSTE »

             

Cette qualification de « JUSTE » n’est pas usurpée, car le recoupement de multiples récits, confirme la bonté avec laquelle Hodoul avait traité ceux: prisonniers, marins capturés ou esclaves dont il avait eu la charge. En dépit de l'infâme commerce des hommes, horriblement banalisé à l’époque, il fut, malgré tout, unanimement reconnu pour sa générosité. A tel point que nombre de sites rappellent encore son nom sur les cartes de l’Océan Indien : l’île Hodoul dans le port Victoria, le rocher Hodoul et la rivière du même nom à Mahé, la passe Hodoul à l’île Desroches (Archipel des Amirantes), et la pointe Hodoul à Aldabra…

Autant de témoignages de reconnaissance de la curieuse mais sincère « humanité » dont fit preuve le redoutable:

« Corsaire des Seychelles ».



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