Anthoine GUAYMARD   

(1525 - 1617)

Anthoine GUAYMARD

 

Avec l’histoire de cet Anthoine Guaymard, dont le nom se retrouve indifféremment orthographié: Gaymard, Guaymard, Gueymard, Gueyrmard, etc, dans divers actes, il nous faut plonger dans une histoire reculée qui rend nécessaire l’étude de documents plus que vénérables, écrits en vieux français. Il nous a semblé intéressant d’en laisser quelques extraits, agrémentés des commentaires de nos historiens, pour démontrer le cheminement complexe de toute recherche "historico-bibliographique" et la "mine" de renseignements que l'on peut tirer des textes anciens..

 

Manuscrit ancien

 

Nous avons lieu de supposer qu'Anthoine Guaymard était marchand et appartenait à une famille de constructeurs de navires car le prénom d'Anthoine est souvent rencontré chez de telles familles dans les archives du XVIème siècle. L’une des premières libéralités que La Ciotat dut à Anthoine Guaymard, fut probablement sa participation à la fondation du couvent des Capucins (à l’emplacement actuel de la clinique de La Licorne), comme le montre cette retranscription d’un texte de Maître Guys, notaire :

Tour et Chapelle des Capucins

« Le quatorziesme mai mil six cent six, après vespres, a été dressée la croix de la chapelle des Capussins (1) et de Notre-Dame de Bon-Voyage (2), et pour ce que, à la dicte chapelle, il n'y a encore habitation propre pour habiter, père Raphaël et frère Philippe, capussins, ont habité quelques jours à la bastide du sieur Guilhen Grimaud (3). Et cependant ont été faicts des logements sur la tour (4) et perpétuaire (5) de la dicte chapelle, et, ce faict, ils s'y sont retirés. Et sieur Anthoine Gaymard a offert de faire le fondement des murailles du couvent jusques à sept pans d'haulteur . »...« Le 21 juillet après dîner. le dict Gaymard a commencé le bastyment des dicts fondements, d'accord que le marguilhier qu'estoit à la chapelle, Heriès Arnaud, payera les femmes qui charrieront les pierres et suivront les maistres massons, de l'argent des aumosnes qu'il a. Le lendemain 28 juilhet, Pierre Brémond et Anthoine Martin (6) ont commencé à faire faire les murailhes du jardin du dict couvent. »

(1) L'établissement des Capucins avait été décidé par une délibération du I7 avril 1605. Pierre Brémond et Antoine Martin s'étaient offerts de réunir l500 livres d'aumônes pour le quart de l'édifice. La Communauté fit le reste.

(2) La chapelle Notre-Dame de Bon Voyage existait depuis fort longtemps, les gens de mer venaient y révérer une statue de la Vierge, réputée miraculeuse. D'autre part, on apprend, dans les plus anciens registres des délibérations de 1a Communauté, que, le 31 août 1550, "les Conseillers du bourg avaient décidé d'acheter un quartier de terre à Nicolas Melasson pour faire une place devant la dite chapelle".

(3) voir la fiche consacrée aux Grimaldi.

(4) La tour des Capucins peut être considérée comme le plus ancien monument existant à la Ciotat. D’après ACHARD (Dictionnaire Historique de Provence), dès le début du XVIème siècle, elle servait à découvrir les corsaires et les pirates, et on y avait placé, en 1520, une cloche pour donner l'alarme aux habitants.

(5) Guys a certainement voulu désigner par "perpétuaire" une partie de l'église (le choeur?) qui évoque l'idée de fondation pieuse. Mais il ne figure, ni dans le glossaire de la basse latinité de Du Cange, ni dans les divers ouvrages d'archéologie religieuse consultés.

(6) Dans le recensement des 58 chefs de famille que la Ciotat comptait en 1462, on rencontre déjà un Arnaud, trois Brémond (primitivement : Bermond) et deux Martin. Au commencement du XVIIème siècle, ces familles s'étaient multipliées et certaines étaient devenues prospères. C'est un Antoine Martin (peut-être le même que celui dont il est ici question), qui fonda, par son testament du 7 novembre 1633, le couvent des Minimes.

 

L'Hôpital Saint-Jacques    L'Hôpital Saint-Jacques

 

Mais Anthoine Gueymard fut aussi probablement à l’origine de la fondation de l'Hôpital Saint-jacques, qui fit construire "une maison avec l'intention de la vouer et ériger en forme d'hôpital pour les pauvres indigents du dit-lieu". Cédé par ses filles à la communauté en 1617, il était géré par 4 consuls sortant de charge. Entretenu par des dons et des privilèges il put fonctionner jusqu'en 1972, année où l'actuel centre hospitalier du Bd. Lamartine prit sa suite. On retrouve trace des dispositions testamentaires que ses deux filles Marguerite et Louise exécuteront fidèlement après sa mort, en 1617 :

Fronton de l'Hôpital

 

« Le 2 décembre, l'hospital Sainct Jacques fabriqué par feu Anthoine Gueymard (1), près le semetière (2) a esté béni à la réquisition des filhes du dict Gueymard par Messire Barthellemy Prépaud, vicaire de l' esglise parochialle. Ensemble a été baptisé la cloche et le pouze. Le parrain, Anthoine Martichon, fils de feu François et de Marguerite Gueymarde, l' une des dicts hoirs. La marraine, Claire Martinencque, filhe d'Arnaud et de Louise Gueymarde (3), autre héritière. Et ce faict, a esté dict le canta (4) pour l'âme du dict défunt dans la chapelle de l'hospital. La messe, célébrée par Messire Carbonnel, où ont adcisté Monsieur le viguier Arnaud, Estienne Fogasse, Jacques Martichon et Pierre Abeilhe, conseuls, et plusieurs aultres. Le 24 du dict mois, sur le tard, ont faict entrer les pouvres dans le dict hospital, où ont béni le pain à la coustume, y ayant adcisté les dicts conseuls, viguier, et Messire Barthellemy Prépaud, vicaire, et aultres. »

 

Plaque de l'Hôpital

 

(1) Sur le portrait, conservé au Musée Ciotaden, on lit: "Anthoine Gueymard, fondateur de l'hôpital, mort le 18 mars 1617 à l'âge de 82 ans". Louis Marin sur la foi d'une épitaphe non datée, a attribué la fondation de l'hôpital Saint-Jacques à un Pierre André Marin : personne sinon de sa famille, du moins de son nom, et ne dit pas un mot de Gueymard. Ceci est en contradiction avec le témoignage de Me Guys, mais aussi avec le texte des lettres patentes qui sont conservées à l'hôpital et par lesquelles Louis XV confirma, en 1766, cet établissement «fondé en 1617 par les soeurs Jaymade (sic)», dans la jouissance des privilèges accordés aux autres hôpitaux du royaume. Toutefois, l'opinion de Marin peut contenir une part de vérité, car il existait certainement, à l'emplacement même où s'édifia la fondation de Gueymard, un hôpital plus ancien. Il est aussi juste d’ajouter que d'importantes libéralités furent faites à l'hôpital Saint-Jacques par divers membres de la famille Marin dont les portraits ornaient le hall.

(2) Le cimetière de la paroisse était, jusqu'en 1531, entre l'hôpital et la chapelle Sainte-Anne. Peu de gens y étaient enterrés, car l'usage courant était de se faire ensevelir dans l'église paroissiale elle-même. Seuls, quelques notables avaient des tombeaux de famille, d'autres, des sépultures réservées aux adhérents de confréries (telles que celles de Saint-Joseph ou du Saint-Rosaire), mais le plus grand nombre étaient inhumés dans des "vas" ou caveaux aménagés sous les dalles (délibération municipale du 30 janvier 1622). On en usait de même dans les chapelles des couvents ou des associations de Pénitents. En 183l, le cimetière fut transféré au Mont Saint-Esprit, et de là, en 1863, à la Groupède.

Armoiries de la gamille Guaymard

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