Pierre GAUTHIER
(1642 - 1696)

Pierre Gauthier, dit "de la Ciotat", est né
en 1642 (ce qui est généralement admis) mais n’est peut-être
pas natif de la ville, car on n’a jamais trouvé son acte de baptême..
Pas plus que celui de son frère Jacques qui avait à peu près
de son âge et le secondera toute sa vie. Son père, Pierre-Charles,
tonnelier de son état et sa mère, Madeleine Boniface (ou Bonifay)
sont pourtant bien ciotadens, et tous les autres enfants du couple naissent
à la Ciotat.
Le jeune Pierre fut remarqué pour la justesse de sa voix dans une église
de la région. Il fit des études d’organiste et sa sortie
de maîtrise a lieu dans les années 1660. La première mention
documentée que l’on possède sur lui date de 1670 : c’est
un engagement d’organiste, passé avec la paroisse de la Ciotat,
avec un salaire annuel de 90 livres.
En 1662, il réside à Marseille où il donne des leçons
de composition de clavecin et d’orgue, tout en étant organiste
d’une paroisse de la ville.
C’est à peu près à ce moment là qu’il
compose les paroles et la musique d’un opéra en 3 actes : «
Le Triomphe de la Paix ». Mais l’opéra est alors un spectacle
à privilège et avant de présenter cette œuvre, il
faut en acheter les droits à Mr Lully, surintendant de la musique du
Roy. Pierre Gauthier se rend donc à Paris et, le 8 Juillet 1683, il acquiert,
pour six ans, la permission d’établir une académie de musique
dans la ville de Marseille, pour la somme de 3000 livres par an. Il faut de
surcroît que le théâtre ouvre au plus tard le 1er janvier
1685.

Ce n’est pourtant que le 28 janvier 1685 que sera inaugurée l’Académie
de Musique de Marseille, dans la salle d’un jeu de paume dans la rue Pavillon,
en présence des notables de la région. «Le Triomphe de la
Paix» est une telle magnificence que le «Mercure Galant» relate
son immense succès en février suivant. Des musiciens locaux, jusqu’alors
inconnus, vont alors devenir célèbres comme André Campra
d’Aix, engagé par Gauthier comme chef d’orchestre.
La Provence entière veut voir ce spectacle et, dès le printemps,
la troupe part en tournée dans différentes villes : Aix, Arles,
Avignon, Nîmes, Tarascon, Montpellier… on refuse partout du monde.
Grâce à Gauthier, Marseille et la Provence connaissent l’opéra
bien avant le reste du royaume.
Mais, sans mécène, une entreprise d’opéra ne peut
subsister bien longtemps. A Paris, Lully, avec Louis XIV, n’a aucun souci
d’argent. Mais en Provence, Pierre Gauthier, malgré ses belles
recettes, est très vite couvert de dettes. Son frère Jacques,
l’administrateur de la troupe, a beau faire de son mieux, les créanciers
sont les plus forts. Ils font vendre en septembre 1688 tout le matériel
pour 8200 livres. Pierre et Jacques, ruinés, vont en prison. A leur sortie,
ils partent s’embaucher à Lyon, où Jean Pierre Leguay, un
ex-danseur de la troupe Gauthier, a repris le privilège à Lully.
Il y resteront jusqu’en 1692 date où Leguay, ruiné à
son tour, leur rend leur liberté et leur sous-loue son privilège.

Ils retournent alors à Marseille. Jacques est « directeur de l’Académie
Royale de musique de Marseille » et Pierre en est le maître de musique.
Au début de l’année 1694, Marseille inaugure sa première
vraie salle d’opéra, située, sur la Canebière, presque
à l’angle de l’actuelle rue Saint-Férréol.
Au printemps de 1696, la troupe Gauthier repart en tournée avec «
Alceste », de Lully, dans une somptueuse mise en scène. Après
des étapes triomphales à Aix, Avignon, Arles, ils arrivent à
Montpellier, fin novembre, pendant la tenue des Etats de Languedoc. Ils y jouent
durant 3 semaines.
« Après avoir fait un profit considérable dans cette ville
(écrit dans son journal un bourgeois arlésien) et contenté
par leurs admirables représentations, tout le beau monde qui y était
assemblé ».
Pierre et Jacques Gauthier, désireux de rentrer à Marseille à
moindre frais, font embarquer à Sète, en décembre, tout
le matériel et une partie de la troupe. Mais le bateau est pris dans
une tempête et périt corps et biens. Le bourgeois arlésien
écrit « On demeura plus de six mois sans avoir ce qu’ils
étaient devenus et après qu’on se fut enquêté
par toutes les côtes d’Afrique, d’Espagne, d’Italie
et de Provence… n’en ayant appris quoi que ce soit, on conclut qu’ils
étaient certainement péris. »
Ainsi disparurent Pierre et Jacques Gauthier, dont le talent et l’esprit
d’entreprise dotèrent Marseille et la Provence de ce divertissement
royal qu’était alors l’Opéra.

