L'ingénieur DUPUY DE LOME  

1816-1885

Stanislas DUPUY DE LOME


Stanislas Charles Henry Laurent Dupuy de Lôme est né le 15 octobre 1816 au manoir de Soye, à Ploemeur, près de Lorient. Son père, Claude Henry, était officier attaché au port de Lorient, et sa mère était Laurence Esnoul Deschatelet.

Après des études brillantes au collège de Lorient, son père insiste pour qu’il entre, en 1835, à l'Ecole Polytechnique.. Lui, aurait préféré faire l'Ecole Navale.. Du coup, le 13 novembre 1837, il entre à l'Ecole d'Application du Génie Maritime. Le 9 novembre 1839, à la fin de ses études, il est affecté à Toulon avec le grade de sous-ingénieur de 3ème classe. Là, sous les ordres de l'Amiral Joffre, il découvre les navires à vapeur affectés à l’Algérie et porte une attention particulière aux chaudières, machines alternatives et propulseurs à roues pour lesquels il conçoit certaines améliorations.

Le 1er juin 1842, il part en mission en Grande-Bretagne pour étudier les premières coques en fer. Il rédige sur le sujet un rapport : "le Traité de la construction en fer" (qui lui vaudra, le 8 janvier 1845, de recevoir la Légion d'Honneur.. Il n'a alors que 29 ans). C'est en 1843 que Dupuy de Lôme signe ses premiers plans : des avisos à roues et coque en fer, les premiers de notre flotte : l’Australien, le Narval et le Solon. Le Narval, est lancé le 29 septembre 1844, aux Chantiers Bénet de La Ciotat. C’est le premier bateau en fer à vapeur de la Marine en Méditerranée.

En 1846, il épouse Claire AUBERT, dont il aura trois enfants.

Dupuy de Lôme était plus favorable, pour les navires de guerre, à l'hélice, car immergée et donc moins vulnérable, qu'aux roues à aube. De plus, il ne voulait pas que les vaisseaux de guerre dépendent du vent et devaient être les plus rapides en toutes circonstances.. Aussi, en 1846, il signe les plans d'un aviso à hélice et coque de fer: "l'Ariel" (qui sera lancé le 1er août 1848 à La Ciotat et filait 11,5 noeuds, c'était le navire le plus rapide de cette taille). En 1847, il conçut "le Napoléon", un navire à hélice à coque en bois, avec une artillerie de 90 bouches à feu ; il était dit «à grande vitesse» puisqu'il devait dépasser les 10 noeuds. Ce projet, fut approuvé grâce à l'appui du Prince de Joinville qui avait le même âge que Dupuy de Lôme et commandait alors l'escadre de Toulon. La conception du navire subira les contrecoups de l’histoire mouvementée des régimes successifs de l’époque : construit à Toulon à partir du 7 février 1848, il est baptisé au départ: "Prince de Joinville", on le nomme, après la révolution: "Vingt-Quatre Février", en l'honneur de l'avènement de la Seconde République, puis, il devient "le Président" au retour d'exil de Louis-Napoléon BONAPARTE. C'est sous ce nom qu'il est mis à l'eau le 15 mai 1850, et à la fin du même mois, il change encore de nom et devient enfin "le Napoléon" !

 

Le Napoléon

 

Les essais eurent lieu en août 1852, la vitesse atteinte fut de 12,4 noeuds. Le Prince-Président Louis-Napoléon embarque à Marseille sur le Napoléon, le 25 septembre, en direction de Toulon. Le trajet se fera à la vitesse moyenne de 13,86 noeuds, vitesse record pour l'époque, bien supérieure à celle de 10 noeuds prévue dans le projet initial. Ce succès valut à Dupuy de Lôme sa nomination d'Ingénieur de 1ére classe, ainsi que le grade d'Officier de la Légion d'Honneur, le 5 novembre 1853..

Dupuy de Lôme avait par ailleurs repris, en 1852, après le décès de l’ingénieur anglais BARNES, la conception des machines, restée en suspend de trois navires de la toute récente Compagnie des Messageries Nationales et qui seront achevés grâce à lui en un temps record. En 1853, il est nommé Directeur du Matériel Naval de la Compagnie des Messageries Nationales et donne sa démission de la Marine. Il le restera jusqu'au 24 novembre 1856. En 1855, Dupuy de Lôme obtient la Grande Médaille d'Honneur de l'Exposition Universelle de Paris pour avoir « construit les premiers vaisseaux à hélice à grande vitesse ».

De 1852 à 1858, 8 navires rapides furent mis en chantier sous ses directives et certains navires en construction sur cale furent transformés pour l'adjonction de l'hélice. Il dressa les plans de 10 paquebots à vapeur à coque de fer, soit 5 à hélice et 5 à aube. Il conçoit ensuite une machine horizontale à bielle qui viendra équiper le "Danube" à La Ciotat en 1855 et, un peu plus tard , "l'Algésiras" à l'Arsenal de Toulon. Enfin, d’autres navires déjà en service, furent transformés, découpés, rallongés pour recevoir les nouvelles propulsions et machineries.

 

Le Danube  L'Audacieuse

 

En novembre 1856, à 40 ans, Dupuy de Lôme est chargé par l'Amiral Jurien de la Gravière de préparer un rapport sur la transformation de la flotte de guerre. Ce rapport est présenté à l'Empereur, et le 1er janvier 1857, il est élevé au grade de Directeur des Constructions Navales de 2e classe. Il quitte alors la Direction des Ateliers de La Ciotat et pendant 12 ans, va s'attacher à la transformation de la flotte de guerre française. Jusqu’alors, pratiquement tous les navires étaient en bois et l'apparition du canon à obus allait rendre la cuirasse indispensable. Dupuy de Lôme calcule et dessine des navires «invulnérables et rapides», à coque de fer, tel le premier cuirassé la Gloire en 1858. En tout, une vingtaine de cuirassés de haute mer et 8 cuirassés de station seront construits d'après ses plans.

 

La Gloire  Le Solférino

 

Sur la demande de Napoléon III, Dupuy de Lôme dessinera les plans du yacht impérial "l'Aigle" qui sera lancé le 23 décembre 1858. C'était un navire à aube, d'une longueur de 82 m et d'une puissance de 500 CV permettant une vitesse moyenne de 14 noeuds. Il était d'une "finesse et d'une élégance exceptionnelles". C'est lui qui inaugura le canal de Suez, le 17 novembre 1869, venant de Port-Saïd avec "le Péluse" et le "Thabor"; pendant que "l'Alphée" et "l'Erymante", venant de la Mer Rouge, inauguraient le canal dans l'autre sens. Ces quatre navires avaient tous été construits à La Ciotat.

 

le Thabor  L'Océan

 

En 1866, il est élu à l'Académie des Sciences où il prend part à toutes les discussions relatives à la marine. Il sera élu député du Morbihan en 1869. Le 10 juin 1869, Dupuy de Lôme prend sa retraite de la fonction publique et, appelé par son ami Armand Behic, il entre au Conseil d'Administration des Messageries Impériales comme Vice-Président. A ce poste durant 16 ans, il rend d'éminents services tant à la Marine Marchande, par le biais des Messageries et des Forges & Chantiers de la Méditerranée (de La Seyne), qu'à la Marine de Guerre. Nommé Sénateur inamovible en 1877, il défend au Parlement le vote des primes à l'armement.

Mais son génie ne s’est pas arrêté au seul domaine maritime :

- Durant le siège de Paris, en 1870, Dupuy de Lôme reprit du service et conçut un ballon dirigeable "La Galère" permettant de ramener des nouvelles de la capitale. Bien que non utilisé, les calculs faits pour ce ballon furent une "révélation en matière d'aérodynamique".

- Lorsque l'on songea à monter des canons de marine sur wagons, c'est encore Dupuy de Lôme qui en dessina les plans : le premier train blindé été né.

- Il s'intéressa aussi au sous-marin avec Gustave Zede : "Le Gymnote" sera lancé le 24 septembre 1888, mais il n'est plus là pour assister à la mise à l'eau.

Dupuy de Lôme meurt en effet à Paris, le 1er février 1885. Ses obsèques n’eurent lieu à Toulon que le 29 novembre 1885. Plus de 2000 personnes y assistaient, dont tous les officiers du Génie Maritime.: "Derrière le cercueil, un ouvrier portait sur un coussin de velours noir les nombreuses décorations du défunt." M. Legrand, Directeur des Constructions Navales, prononça un discours dans lequel il retraça les grandes étapes de la vie de l'illustre ingénieur.


La signature de l'Ingénieur

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